La Chine pratique une politique de développement planifié sur le long terme qui s’appuie sur un travail théorique collectif dont le Secrétaire Général du Parti communiste chinois représente la synthèse. Il est donc nécessaire pour les observateurs de la situation mondiale de découvrir et d’analyser les œuvres du Président Xi Jinping, et donc en particulier, la récente édition de son tome cinq. Analysé ici par notre collègue qui cherche à nous faire comprendre la logique interne du système chinois, ses objectifs et ses résultats.
La Rédaction
Modernisation, cohérence du socialisme à la chinoise :
La modernisation aux caractéristiques chinoises
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Centre culturel de la Chine
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Paris 26 août 2026
Jean-Pierre Page
Dans son ouvrage « La gouvernance de la Chine », le Président Xi Jinping insiste sur une idée. Elle est à mon avis essentielle si l’on veut comprendre ce qu’est la modernisation à la chinoise ! « La modernisation à la chinoise, dit-il, est une modernisation socialiste dirigée par le Parti communiste chinois et non une modernisation d’un autre type ».
Cette modernisation, est une réussite ! Ces résultats sont incontestables, et non, comme on peut le lire dans les médias occidentaux, la conséquence du ralliement de la Chine à la financiarisation capitaliste et à l’ouverture au libéralisme.
Qui peut en effet revendiquer d’avoir sorti de la pauvreté près de 800 millions de Chinois ? Quand la « modernisation capitaliste » engendre la pauvreté de masse, des inégalités croissantes, au niveau national comme entre pays. Cette avancée historique mondiale de la Chine a permis d’améliorer le niveau de vie, non seulement des plus pauvres mais de tout le peuple chinois afin de parvenir à une prospérité commune. Cette victoire, est fondamentalement une étape importante de la modernisation à la chinoise.
L’Objectif de la cohérence entre développement national et coopération internationale
De la même manière, il y a dans l’orientation politique de la Chine une cohérence, une articulation entre sa bataille pour l’éradication de la pauvreté et sa vision de la coopération internationale à travers le développement des « Nouvelles routes de la soie » (Initiative Une ceinture, une route - BRI). Celles-ci donnent lieu au développement d’infrastructures et d’innovations à travers le monde, en particulier en Afrique et en Asie qui constituent une autre victoire incontestable du socialisme à la chinoise. La Chine met ainsi en valeur le multilatéralisme non comme une incantation mais comme un objectif concret et utile.
L’anthropologue chinois Fei Xiaotong a dit une fois : « Une société n’est pas simplement une collection d’individus, c’est un réseau de relations complexes et de pratiques culturelles qui lient les gens ensemble ». Par conséquent, progrès pour la Chine mais aussi à travers ces deux exemples : éradication de la pauvreté et « nouvelles routes de la soie. » Ces progrès sont valables pour l’humanité toute entière car ils ont l’ambition raisonnée de la mise en œuvre d’une « Communauté de destin », sans exclusion ni ingérence, sans laissés-pour-compte, dans le respect de chacun et la dignité de tous et de toutes, et dans celui de la souveraineté.
Or, les réponses apportées ne sont ni les mêmes, ni de même nature, ni de mêmes objectifs selon la finalité du système dans lequel on vit. Le plus souvent, nous ne mettons pas les mêmes idées derrière les mêmes mots. Ainsi, celui de gouvernance qui dans sa définition occidentale est synonyme de plans d’ajustements structurels, d’impositions et de contraintes, quand pour la Chine, il est synonyme de modernisation, d’autodétermination, de planification démocratique, de lutte contre les inégalités, de coopération internationale, de souveraineté, de droit inaliénable au développement.
Si la Chine n’est pas un modèle exportable, elle est un exemple. André Malraux disait « La Chine est la Chine, et le reste du monde est le reste du monde ». Son orientation obéit ainsi à des choix politiques qui s’appuient sur sa longue histoire, et tout particulièrement sur une révolution socialiste qui a conduit à la création de la République populaire en 1949. « Le peuple chinois est debout, il ne sera jamais plus humilié » avait averti le Président Mao Zedong.
Les bases de la modernisation
Dès cette époque, il a fallu créer les bases politiques et les bases institutionnelles de la modernisation. Cette épopée titanesque, qui a marqué l’histoire de l’humanité tout entière, continue à s’appuyer sur la richesse d’une civilisation cinq fois millénaire. « Il a fallu compter sur ses propres forces ». En s’appuyant sur ses traditions historiques, la Chine s’est employée dès le départ à adresser les causes et pas seulement les conséquences, le Président Xi Jinping y insiste dans son livre. Il fallait pour cela revendiquer d’emblée des principes et des valeurs, agir en leur faveur, faire les corrections qui devaient l’être, tenir compte des reculs et des progrès, des victoires et des défaites. Ces principes et valeurs sont dorénavant devenus ceux et celles du peuple chinois qui les défend : indépendance, souveraineté, identité préservée et revendiquée, ancienne culture mise en valeur, création contemporaine, réponse aux besoins, lutte contre les inégalités et les exclusions, lutte contre la corruption.
Ces principes et valeurs ne sont point des exercices de rhétorique. Ils prennent appui sur une volonté politique, incontestablement prouvée par des réalisations concrètes, un progrès social remarquable à l’échelle d’un pays de 1milliard 400 millions d’êtres humains, des prouesses, comme par exemple, dans les technologies de l’avenir : robotiques et humanoïdes, transition verte, biotechnologies, intelligence artificielle et puces sans silicium, transports et mobilité du futur, recherche spatiale. Près de la moitié des dépôts de brevets dans le monde sont chinois, soit 1,8 millions, ils sont plus de trois fois plus nombreux que ceux déposés par les USA. La Chine diplôme 1,5 millions d’ingénieurs chaque année.
Une alternative concrète à l’ordre dominant
A travers les avancées spectaculaires de sa modernisation, la Chine démontre qu’il existe une alternative en rupture avec la théorisation du modèle unique occidental (« the single model ») de modernisation qui a fait la démonstration de sa faillite et de son incapacité à répondre aux défis et enjeux auxquels fait face l’humanité toute entière. J’ajouterai, et qui a de plus aggravé sensiblement la situation des peuples et des nations qui avaient été exploitées pendant plusieurs siècles et qui les a maintenues en un état de dépendance par la dette extérieure, les marchés et les technologies occidentale, par l’assujettissement politique afin de poursuivre le pillage, par l’exploitation d’une main-d’œuvre à moindre coût, de soutenir les transferts de richesses du Sud vers le Nord, de restreindre et même d’interdire les transferts de technologie, et, politiquement, de contenir les idées de progrès, d’endiguer les idées nouvelles. Il fallait, et d’ailleurs il faut toujours, imposer la supériorité de la civilisation occidentale qui serait d’essence « divine » afin de légitimer la recolonisation, dans le but de reproduire l’expérience occidentale pour parvenir, nous dit-on toujours, à la prospérité.
En fait, la Chine fait la démonstration qu’une autre voie est possible, rendant définitivement périmée et démodée, la pseudo théorie de Francis Fukuyama sur « la fin de l’histoire ».
Pour la Chine, la modernisation est inséparable des droits humains alors qu’il s’agit le plus souvent dans les pays occidentaux d’une arme politique au service d’une hégémonie.
Pour le Président Xi Jinping, l’objectif est d’améliorer, qualitativement et quantitativement, la situation sociale de chaque Chinois sans exception, comme sujet et non comme objet, dans sa dimension individuelle et collective. Les Chinois sont les acteurs principaux de la modernisation.
N’est-ce pas là, une tout autre vision des droits humains dans la modernisation que de faire le choix de déterminer soi-même son système, économique, politique, culturel et social. A quoi servirait-il de parler de droits humains à des hommes, des femmes, des personnes âgées privées de dignité et du droit de la faire respecter, privées d’un toit, d’un emploi. Quant il faut au contraire les mobiliser, les mettre en mouvement, les impliquer pour prendre leur destinée en mains. C’est le sens profond de la modernisation à la chinoise qui devient une grande école de la démocratie à travers une auto-révolution.
Le Parti communiste chinois a pris la décision de déplacer l’axe des activités du Parti et de l’État vers le développement économique afin de mettre en œuvre la politique de réformes et d’ouverture entamant ainsi comme le dit le président Xi Jinping « la nouvelle longue marche de la modernisation » à la chinoise, en s’appuyant sur la réalité chinoise afin de trouver sa propre voie. Cet objectif a été poursuivi de générations en générations. C’est ce qui a permis à la Chine de réaliser ces bonds en avant historiques qui l’ont fait passer d’un état d’arriération à la seconde économie du monde, et sans doute déjà à la première. Sa modernisation refaçonne considérablement le paysage de la modernisation dans le monde. Elle est sans précédent dans l’histoire de l’humanité.
Nous sommes à un moment de l’histoire caractérisé par de grands bouleversements faits de risques et d’opportunités. Le mot crise en chinois est formé de deux idéogrammes « Wei » et « Ji », « dangers » et « opportunités ». Dans ce vaste mouvement planétaire, la Chine joue un rôle de première importance. On a l’habitude de dire que l’on ne choisit pas l’époque dans laquelle on vit, mais qu’il faut savoir se hisser à la hauteur de ses exigences. Ainsi, en va-t-il de la modernisation à la chinoise.
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