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  • : Le blog de la-Pensée-libre
  • : Philo-socio-anthropo-histoire. Revue en ligne éditée par une partie de l'ancienne rédaction de "La Pensée" exclue en 2004, élargie à d’autres collaborateurs et consacrée au renouvellement de la pensée critique de la globalisation, du politique, de l’économique, du social et du culturel.
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  • Cette revue de Philo-socio-anthropo-histoire est éditée par une équipe de militants-chercheurs. Elle est ouverte à tout auteur développant une pensée critique sur la crise de civilisation du système capitaliste occidental.
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31 août 2026 1 31 /08 /août /2026 23:17

La Chine pratique une politique de développement planifié sur le long terme qui s’appuie sur un travail théorique collectif dont le Secrétaire Général du Parti communiste chinois représente la synthèse. Il est donc nécessaire pour les observateurs de la situation mondiale de découvrir et d’analyser les œuvres du Président Xi Jinping, et donc en particulier, la récente édition de son tome cinq. Analysé ici par notre collègue qui cherche à nous faire comprendre la logique interne du système chinois, ses objectifs et ses résultats.

La Rédaction

 

 

Modernisation, cohérence du socialisme à la chinoise :

 

La modernisation aux caractéristiques chinoises

Centre culturel de la Chine

-

Paris 26 août 2026

                               

 

Jean-Pierre Page

 

Dans son ouvrage « La gouvernance de la Chine », le Président Xi Jinping insiste sur une idée. Elle est à mon avis essentielle si l’on veut comprendre ce qu’est la modernisation à la chinoise ! « La modernisation à la chinoise, dit-il, est une modernisation socialiste dirigée par le Parti communiste chinois et non une modernisation d’un autre type ».

 

Cette modernisation, est une réussite ! Ces résultats sont incontestables, et non, comme on peut le lire dans les médias occidentaux, la conséquence du ralliement de la Chine à la financiarisation capitaliste et à l’ouverture au libéralisme.

 

Qui peut en effet revendiquer d’avoir sorti de la pauvreté près de 800 millions de Chinois ? Quand la « modernisation capitaliste » engendre la pauvreté de masse, des inégalités croissantes, au niveau national comme entre pays. Cette avancée historique mondiale de la Chine a permis d’améliorer le niveau de vie, non seulement des plus pauvres mais de tout le peuple chinois afin de parvenir à une prospérité commune.  Cette victoire, est fondamentalement une étape importante de la modernisation à la chinoise.

 

L’Objectif de la cohérence entre développement national et coopération internationale

De la même manière, il y a dans l’orientation politique de la Chine une cohérence, une articulation entre sa bataille pour l’éradication de la pauvreté et sa vision de la coopération internationale à travers le développement des « Nouvelles routes de la soie » (Initiative Une ceinture, une route - BRI). Celles-ci donnent lieu au développement d’infrastructures et d’innovations à travers le monde, en particulier en Afrique et en Asie qui constituent une autre victoire incontestable du socialisme à la chinoise. La Chine met ainsi en valeur le multilatéralisme non comme une incantation mais comme un objectif concret et utile.

 

L’anthropologue chinois Fei Xiaotong a dit une fois : « Une société n’est pas simplement une collection d’individus, c’est un réseau de relations complexes et de pratiques culturelles qui lient les gens ensemble ». Par conséquent, progrès pour la Chine mais aussi à travers ces deux exemples : éradication de la pauvreté et « nouvelles routes de la soie. » Ces progrès sont valables pour l’humanité toute entière car ils ont l’ambition raisonnée de la mise en œuvre d’une « Communauté de destin », sans exclusion ni ingérence, sans laissés-pour-compte, dans le respect de chacun et la dignité de tous et de toutes, et dans celui de la souveraineté.

 

Or, les réponses apportées ne sont ni les mêmes, ni de même nature, ni de mêmes objectifs selon la finalité du système dans lequel on vit. Le plus souvent, nous ne mettons pas les mêmes idées derrière les mêmes mots. Ainsi, celui de gouvernance qui dans sa définition occidentale est synonyme de plans d’ajustements structurels, d’impositions et de contraintes, quand pour la Chine, il est synonyme de modernisation,  d’autodétermination, de planification démocratique, de lutte contre les inégalités, de coopération internationale, de souveraineté,  de droit inaliénable au développement.

 

Si la Chine n’est pas un modèle exportable, elle est un exemple. André Malraux disait « La Chine est la Chine, et le reste du monde est le reste du monde ». Son orientation obéit ainsi à des choix politiques qui s’appuient sur sa longue histoire, et tout particulièrement sur une révolution socialiste qui a conduit à la création de la République populaire en 1949. « Le peuple chinois est debout, il ne sera jamais plus humilié » avait averti le Président Mao Zedong.

 

Les bases de la modernisation

Dès cette époque, il a fallu créer les bases politiques et les bases institutionnelles de la modernisation. Cette épopée titanesque, qui a marqué l’histoire de l’humanité tout entière, continue à s’appuyer sur la richesse d’une civilisation cinq fois millénaire. « Il a fallu compter sur ses propres forces ». En s’appuyant sur ses traditions historiques, la Chine s’est employée dès le départ à adresser les causes et pas seulement les conséquences, le Président Xi Jinping y insiste dans son livre.  Il fallait pour cela revendiquer d’emblée des principes et des valeurs, agir en leur faveur, faire les corrections qui devaient l’être, tenir compte des reculs et des progrès, des victoires et des défaites. Ces principes et valeurs sont dorénavant devenus ceux et celles du peuple chinois qui les défend : indépendance, souveraineté, identité préservée et revendiquée, ancienne culture mise en valeur, création contemporaine, réponse aux besoins, lutte contre les inégalités et les exclusions, lutte contre la corruption.

 

Ces principes et valeurs ne sont point des exercices de rhétorique. Ils prennent appui sur une volonté politique, incontestablement prouvée par des réalisations concrètes, un progrès social remarquable à l’échelle d’un pays de 1milliard 400 millions d’êtres humains, des prouesses, comme par exemple, dans les technologies de l’avenir : robotiques et humanoïdes, transition verte, biotechnologies, intelligence artificielle et puces sans silicium, transports et mobilité du futur, recherche spatiale.  Près de la moitié des dépôts de brevets dans le monde sont chinois, soit 1,8 millions, ils sont plus de trois fois plus nombreux que ceux déposés par les USA. La Chine diplôme 1,5 millions d’ingénieurs chaque année.

 

Une alternative concrète à l’ordre dominant

A travers les avancées spectaculaires de sa modernisation, la Chine démontre qu’il existe une alternative en rupture avec la théorisation du modèle unique occidental (« the single model ») de modernisation qui a fait la démonstration de sa faillite et de son incapacité à répondre aux défis et enjeux auxquels fait face l’humanité toute entière. J’ajouterai, et qui a de plus aggravé sensiblement la situation des peuples et des nations qui avaient été exploitées pendant plusieurs siècles et qui les a maintenues en un état de dépendance par la dette extérieure, les marchés et les technologies occidentale, par l’assujettissement politique afin de poursuivre le pillage, par l’exploitation d’une main-d’œuvre à moindre coût, de soutenir les transferts de richesses du Sud vers le Nord, de restreindre et même d’interdire les transferts de technologie, et, politiquement, de contenir les idées de progrès, d’endiguer les idées nouvelles. Il fallait, et d’ailleurs il faut toujours, imposer la supériorité de la civilisation occidentale qui serait d’essence « divine » afin de légitimer la recolonisation, dans le but de reproduire l’expérience occidentale pour parvenir, nous dit-on toujours, à la prospérité.

 

En fait, la Chine fait la démonstration qu’une autre voie est possible, rendant définitivement périmée et démodée, la pseudo théorie de Francis Fukuyama sur « la fin de l’histoire ».

 

Pour la Chine, la modernisation est inséparable des droits humains alors qu’il s’agit le plus souvent dans les pays occidentaux d’une arme politique au service d’une hégémonie.

 

Pour le Président Xi Jinping, l’objectif est d’améliorer, qualitativement et quantitativement, la situation sociale de chaque Chinois sans exception, comme sujet et non comme objet, dans sa dimension individuelle et collective. Les Chinois sont les acteurs principaux de la modernisation.

 

N’est-ce pas là, une tout autre vision des droits humains dans la modernisation que de faire le choix de déterminer soi-même son système, économique, politique, culturel et social.  A quoi servirait-il de parler de droits humains à des hommes, des femmes, des personnes âgées privées de dignité et du droit de la faire respecter, privées d’un toit, d’un emploi. Quant il faut au contraire les mobiliser, les mettre en mouvement, les impliquer pour prendre leur destinée en mains. C’est le sens profond de la modernisation à la chinoise qui devient une grande école de la démocratie à travers une auto-révolution.

 

Le Parti communiste chinois a pris la décision de déplacer l’axe des activités du Parti et de l’État vers le développement économique afin de mettre en œuvre la politique de réformes et d’ouverture entamant ainsi comme le dit le président Xi Jinping « la nouvelle longue marche de la modernisation » à la chinoise, en s’appuyant sur la réalité chinoise afin de trouver sa propre voie. Cet objectif a été poursuivi de générations en générations. C’est ce qui a permis à la Chine de réaliser ces bonds en avant historiques qui l’ont fait passer d’un état d’arriération à la seconde économie du monde, et sans doute déjà à la première. Sa modernisation refaçonne considérablement le paysage de la modernisation dans le monde. Elle est sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

 

Nous sommes à un moment de l’histoire caractérisé par de grands bouleversements faits de risques et d’opportunités. Le mot crise en chinois est formé de deux idéogrammes « Wei » et « Ji », « dangers » et « opportunités ». Dans ce vaste mouvement planétaire, la Chine joue un rôle de première importance. On a l’habitude de dire que l’on ne choisit pas l’époque dans laquelle on vit, mais qu’il faut savoir se hisser à la hauteur de ses exigences. Ainsi, en va-t-il de la modernisation à la chinoise.

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25 août 2026 2 25 /08 /août /2026 21:29

La gauche révolutionnaire a toujours été anti-impérialiste mais elle n’est jamais parvenue au pouvoir dans les pays impérialistes. Est-ce dû au hasard ou aux avantages, aussi limités soient-ils, que procure le pillage impérialiste ? Y compris aux couches les plus marginalisées et exploitées de la population. Il faut examiner ces questions avec lucidité à l’heure où l’on nous impose la militarisation et la multiplication des guerres et interventions impérialistes, avec la fascisation qui accompagne ce processus.

La Rédaction

 

Questions du moment

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Qui profite de la rente impérialiste ?

-

Août 2026

 

Bruno Drweski, Odette Auzende

 

Les questions du moment… que l’on élude en général dans les « grands » médias ou qui sont évoquées de façon rapides et/ou biaisées : humanitaire, ingérences, interventionnisme, (néo)-colonialisme, autoritarisme, fascisation, agressions, défense, désarmement... sommes-nous toujours au clair là-dessus ? Ces notions essentielles, nous évitons aussi parfois de les aborder. Par peur de voir nos contradictions en face ? Par peur du jugement de nos concitoyens ? Il est peut-être temps d’en parler...

Autoritarisme, colonialisme : Nos milieux dirigeants fuient les vraies questions sociales et internationales car ils n'ont pas de réponses satisfaisantes pour la masse de la population à proposer, mais ils veulent garder le contrôle du pouvoir. Cela étant, "nos peuples", les peuples des pays qui dominent l'économie mondiale... ou qui croient encore la dominer, se sont habitués à "recevoir les miettes de la table du Seigneur" ; or ces miettes proviennent de rapports économiques inégaux, voire de guerres et de pillages directs, et elles pourraient ne plus être acquises en cas de refonte du système politique local, mais surtout du système international. Ce qui constitue sans doute une des causes de la peur qu'inspirent les immigrés venus des pays que nos dirigeants pillent.

Ces pays sont en fait le miroir de « nos » propres crimes... même si les immigrés eux aussi, dans une certaine mesure, et cela concerne même les plus pauvres, profitent du pillage et des miettes arrachées à leurs pays d'origine... en pouvant toutefois, pour leur part, justifier la chose en arguant qu'ils sont venus "récupérer" ici ce qu'on a volé et qu'on continue à voler chez eux.

C'est en moins caricatural sans doute, mais aussi en moins clair, la situation du soldat allemand moyen sur le front en 1942, qui savait, sans oser le dire et se le dire, que sa famille vivait mieux que dans toute l'Europe occupée, car on pillait celle-ci pour donner des miettes à sa famille, et même envoyer des travailleurs forcés pour exploiter sa ferme s'il était paysan… L'ouvrier allemand savait de son côté qu'il n'était pas envoyé au front parce qu'il faisait un métier essentiel pour l'effort de guerre... mais il côtoyait dans son usine des prisonniers maltraités qui travaillaient à côté de lui mais n’étaient pas traités comme lui, car lui recevait un salaire décent.

Ensuite vint pour les Allemands vers la fin de la guerre la confrontation avec la responsabilité des crimes, et avec la terreur de voir débouler de la part des armées victorieuses chez les siens ce que le soldat avait vu et, au pire, ce à quoi il avait participé dans les plaines de Russie, de Pologne, d'Ukraine, de Biélorussie, dans les montagnes de Yougoslavie, de Grèce, d'Albanie, puis à la fin même en France et en Italie… avant qu'on lui donne l'ordre de fusiller ou de voir pendus des réfractaires allemands dans les derniers mois de la guerre. En quoi cette situation de guerre mondiale est-elle comparable à la guerre mondiale hybride menée par les impérialistes contre les peuples en lutte pour leur souveraineté ? Voilà une question que nous devons poser et nous poser.

« l’État d’Israël » est aujourd’hui la parfaite illustration du syndrome nazi transféré, dans ce cas, chez des juifs devenus l’avant-poste de l’impérialisme mondialisé. Mais qu'ont-ils encore de "juifs", ces « Israéliens » qui foulent au pied toute l'histoire de leur "communauté"... Existe-t-elle encore d’ailleurs la « communauté » juive du coup ? Et si les sentiments propalestiniens sont plus visibles en Irlande, en Espagne, en Italie, en Grèce, voire en Pologne ou en Slovaquie, c'est parce que ces pays n'ont pas ou ont eu moins de traditions coloniales, et profitent aussi moins du système inégalitaire mondialisé... A quoi on rajoutera peut-être des éléments d'antisémitisme décomplexé ?

Alors se laisser engluer dans des événements ou des problèmes secondaires est pour une partie de la population des pays impérialistes une façon de fuir le réel et la confrontation avec des événements qui nous gênent.

Humanitaire : Celui-ci ne peut pas être séparé de la politique, et donc nos alliés sont d'abord ceux qui, chez nous, bloquent la machine impérialiste et guerrière. Nous n'avons pas le droit moral de demander aux "tribus" dominées de renoncer à leurs rites et coutumes, ou à leurs « dictatures » : c’est un travail qu’eux seuls doivent faire, s’ils le souhaitent et quand ils le souhaitent. Les sociétés "peaux-rouges" d'Amérique étaient-elles idylliques et justes pour tous/tes ? Sans doute pas ; c'est d’ailleurs pour cela qu'on pouvait les traiter de "sauvages" et justifier ainsi leur élimination... mais les envahisseurs avaient au moins à l'époque le mérite de dire qu'ils allaient les tuer pour leur "sauvagerie" et leur "inutilité productive", sans jamais affirmer qu'ils allaient les "libérer" de leurs injustices, réelles ou imaginaires. Aujourd'hui, nos dirigeants et parfois nous-mêmes prétendons "libérer" les "peaux-rouges" d'aujourd'hui, femmes, musulmans, Arabes, Afghans, Cubains, Chinois, Iraniens, Kurdes, etc. ce qui rend nos dirigeants hypocrites et ridicules... et nous en même temps.

Les "Indiens" ont droit à leur mode de vie, à leurs rituels, à leurs tortures, à leurs peines de mort, à leurs formes de mariage, à leurs lois qui proviennent d'une "sagesse" ancestrale produite par une expérience ancestrale dans un contexte donné. Ils évolueront car c'est la loi de la vie, mais c'est à eux de mûrir dans ce sens, alors que nous, et nos dirigeants, bloquons en fait leur mûrissement.

Une partie des répressions, des tortures, des exécutions qui existent dans les pays dominés et/ou exploités sont dues à notre propre système qui braque ses adversaires et les force à "faire front", donc à s'affirmer et à répondre en légitimant tout ce qui les différencie du dominant impérialiste. 

C'est comme l'homosexualité en Afrique ou ailleurs dans les pays du « Sud » ou de « l’Est ». Elle a toujours été traitée discrètement dans les sociétés "primitives", avec une certaine tolérance. Mais quand Mme Clinton avec ses O« N »G (et Macron en réserve) a lancé le conditionnement de "l'aide" (cynique) à l'Afrique au "gay rights are human rights !", elle n'a fait que provoquer les sociétés africaines qui ont alors réagi en inventant des lois répressives. Même chose pour la peine de mort, la torture, etc... Au lieu de permettre ce que Tariq Ramadan a formulé sous le nom de "moratoire" contre la lapidation dans les pétromonarchies (pro-occidentales par ailleurs), on a eu une indignation hypocrite et un durcissement des éléments les plus durs dans les sociétés qui se sont senties ciblées. 

Ingérences : Quelle est la limite à établir entre humanitaire et ingérence ? La flotte Summud est, de fait, ambivalente, car parmi ses financiers il y a des pêcheurs en eaux troubles, et parmi ses militants, des naïfs. Toute lame a deux côtés. Le rôle de la Turquie et l’OTAN dans cette flottille par exemple ne peut pas être jugé uniquement au "premier degré". Le cas d’Amnesty International en est un autre. "Faire gracier des condamnés pour délit d'opinion" paraît a priori correct, mais est-ce que certaines "opinions" dans les pays dominés et surexploités ne doivent pas être éradiquées ? Est-ce qu’en 1942 on n’aurait pas dû éliminer les porteurs des "opinions SS" dans les pays en guerre avec le 3e Reich ? Est-ce que c'est à des organisations basées dans les pays dominant le monde et financées par des personnes ou des organisations profitant de cette domination de traiter ces sujets, même si individuellement on peut compatir... mais avons-nous le droit de prendre parti pour l'individu contre l'intérêt collectif ? Car si l'individu a des activités contraires à l'intérêt collectif, on sauve un individu pour sans doute condamner à mort directement ou indirectement à cause des rapports inégaux une masse d'autres individus. Au final, est-ce que ce sont les droits collectifs d’un peuple ou les droits individuels qui doivent avoir la priorité ?

Tout ceci est une vérité que nous devons affronter quotidiennement puisque nous profitons ici, dans nos pays, au moins un peu de ce système.

La question n'est pas que seuls les pays du sud sont autorisés à agir, la question est d'agir dans nos pays contre "nos" commanditaires de mort, sans illusion sur les régimes X ou Y qui luttent ou qui prétendent lutter contre leurs commanditaires. Mais c'est à ces peuples-là de les affronter. Nous, nous devons affronter nos démons et ne pas cautionner le déguisement humanitaire que nos démons prennent...

Même si financer un puit en Afrique est louable et si les méthodes expéditives de la lutte anti-impérialiste sont parfois regrettables, n’est-ce pas notre devoir de privilégier la lutte anti-impérialiste ?

Les Cubains ont parcouru le chemin de faire peu à peu reculer la dimension répressive de leur révolution puisqu'ils ont peu à peu limité la pratique de la peine de mort contre les tueurs qui débarquaient chez eux. Une masse de Cubains a fini par comprendre qu’exécuter un tueur d'enfants et de femmes débarquant de Miami n'était pas "rentable".  Mais cela ne doit pas nous empêcher de rappeler que les commandos « anticastristes » de Floride débarquaient après la révolution et tuaient les civils trouvés sur leur chemin, et que la réaction à ces agressions constituait une réaction à un crime. Et que, aujourd’hui encore, les « dissidents » aidés depuis la Floride participent de l’étranglement de leur peuple et de la mort de ceux qui n’ont plus accès à certains soins ou besoins vitaux. Méritent-ils la mort ? On a au moins le droit de poser la question, même si nous nous réjouissons qu’on ne pratique de fait plus la peine de mort à Cuba.

Fascisation et agressions

Dans les années 1930, l'empire britannique et le Reich allemand participaient d'une même logique capitalisto-germanique ayant des apparences évolutives et donc des différences de formes et de mutations, mais leur fond idéologique et de classe était identique. Et leurs méthodes coloniales étaient comparables, même si les Britanniques les exerçaient aux dépens de populations de « couleur » alors que les Allemands les exerçaient aux dépens de populations « blanches » d’Europe orientale.

La Grande-Bretagne n'a pas basculé vers le fascisme simplement parce que l'impérialisme britannique avait à l’époque encore des réserves qui lui ont permis de faire passer le pays de Chamberlain à Churchill, du traité de Münich à la bataille d’Angleterre. Puis la politique brutale et de gros sabots allemande n'a pas aidé le Reich et a contribué à remettre en selle ses concurrents impérialistes. A chaque fois les impérialistes allemands perdent parce qu'ils ne savent pas s'arrêter quand ils gagnent, alors que jusqu’à aujourd’hui les autres impérialistes ont mieux su jouer de la carotte et du bâton. Erreur germanique que répètent aujourd'hui les sionistes agressant les Palestiniens alors que bientôt sans doute les USA et la Grande-Bretagne avec leurs alliés sur le continent européen, désormais tous en dégénérescence, se trouvent dans une situation les amenant et nous amenant fort probablement vers la fascisation.

Car le rejeton yankee, lui aussi mondialisé, capitaliste, impérialiste et culturellement largement anglo-germanique, est aussi l'héritier parfait de la logique de guerre mondiale et de guerres coloniales, avec en prime les Anglo-sionistes made by Palmerston & Balfour co. ltd., et les collabos français ou autres qui protègent, grâce à ce "bloc impérial", "leur empire". D'où le récent sommet "franco-africain" à Nairobi, Kenya, Commonwealth, sur les bords de "l'Indo-pacifique". Ce dernier concept géostratégique a été inventé par les stratèges du Pentagone et il semble partagé par Macron & co. ltd. qui rêve de jouer un rôle d'appoint remarqué et récompensé de la part du bloc impérialiste, de Mombasa à l'île Clipperton, en passant pas Djibouti, Mayotte, la Réunion, la Kanaky, Wallis & Futuna et la Polynésie "française".

Désarmement : Quoiqu'on pense de l'URSS et du camp socialiste, il y a eu des avancées en direction du désarmement (limitées mais réelles) de 1945 à 1991... et le fait qu'il y a eu régression depuis dans ce domaine n'est pas dû au hasard, mais à la fin du contrepoids communiste au niveau international. Ce qui pose des problèmes que beaucoup de gauchistes ou de « démocrates » n’osent pas poser car, finalement, est-ce que "l'invasion" de la Hongrie en 1956 et celle de la Tchécoslovaquie en 1968 sont condamnables pour les raisons que l'on connaît et qui ont été martelées pendant des décennies ou, au contraire, avec le recul, ne peut-on pas réfléchir autrement à la décision des dirigeants soviétiques et de leurs alliés ? Ceux-ci dirent à l'époque que leur intervention était nécessaire car elle visait à renverser des équipes au pouvoir qui, objectivement, naïvement ou pas, facilitaient le boulot des "fauteurs de guerres impérialistes". Vasil Bilak (voir ses mémoires éditées chez Delga) a appelé l'URSS à intervenir dans son pays contre Dubcek, et ne peut-on pas aujourd’hui faire ressortir cet aspect des choses ? Alors Bilak fut-il un traître ou un homme de paix ? ... et Dubcek fut-il un homme de paix ou, objectivement, un traître ? Dubcek était sans doute humainement tout aussi sincère que Bilak... sauf que la question politique doit être posée indépendamment de la question "morale" et individuelle dans les deux cas.

Aujourd’hui donc, qu’on le veuille ou non, nous sommes lancés dans nos pays dans une course aux armements que nous estimons injustifiable si nous nous plaçons du côté du progrès social et humain… mais une course à la militarisation qui semble être devenue inévitable. Il faudrait que les peuples se réveillent… pour ne pas aboutir à une catastrophe analogue à celles du passé, en passant des éléments de fascisation déjà en place à une nouvelle forme de fascisme total. Mais dans quelle mesure nos peuples sont-ils piégés comme l’étaient les prolétaires allemands en 1941 et dans quelle mesure peuvent-ils et veulent-ils desserrer le piège ?

 

 

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23 août 2026 7 23 /08 /août /2026 15:39

Jusqu’à récemment le discours occidental dominant attribuait les succès économiques et en matière de lutte contre la pauvreté de la Chine au fait qu’elle aurait adopté les règles du capitalisme. Mais aujourd’hui, alors que nous constatons que la pauvreté et la stagnation caractérisent la plupart des pays du monde, cette interprétation ne peut plus être soutenue. Il est donc nécessaire de découvrir, sans idéaliser mais aussi sans oeillères, les causes systémiques des succès de la Chine, et donc la réalité de son système social, économique et politique. Nous proposons donc au lecteur de découvrir cet interview de notre collègue de la Rédaction qui explique les fondements sur lesquels veut fonctionner le système chinois.

La Rédaction

 

 

Le système politique chinois et le Parti communiste chinois :

Principes idéologiques et méthodes de fonctionnement

 

Interview à l’agence Xinhua (Chine nouvelle)

-

Juillet 2026

 

Jean-Pierre Page

 

1. Sur l'auto-révolution du Parti communiste chinois (PCC)

 

Le secrétaire général du PCC, Xi Jinping, a défini "l'auto-révolution" comme une réponse pour que le PCC échappe au cycle historique du déclin. Selon vous, quelles sont les inspirations de cette "auto-révolution" pour les partis politiques du monde ?

 

Dans un article fin 2024, le Président Xi Jinping a évoqué le concept d’auto-révolution, et comme il le fait souvent de manière concrète, claire et convaincante.  En effet, il s’agit d’un enjeu important, je dirai même existentiel pour tout parti communiste, pour sa crédibilité comme pour le contenu de ce que doit être son engagement et celui de ses membres. Il s’agit de convaincre les larges masses, donner du sens et du contenu à leurs combats historiques. Des luttes des Taipings à la Longue Marche, l’histoire de l’action du peuple chinois contre le féodalisme et l’impérialisme et pour sa libération sont d’une grande richesse. Le Président Xi Jinping les prend en compte. Cela a donc à voir avec la conception qui est la sienne du rôle du Parti. Celui-ci doit se définir clairement à travers sa fonction, sa finalité je dirai même son utilité, son histoire. Un parti communiste plus que tout autre parti, est un corps vivant, militant, s’organisant à travers des principes, autour d’une vision s’appuyant sur le rôle de la classe ouvrière comme classe révolutionnaire ayant comme objectif d’unir le peuple par une rupture avec l’ordre capitaliste ancien et avec l’ambition de construire un ordre nouveau : une société socialiste et communiste. Pas l’une sans l’autre.

 

Il doit pour cela reposer sur la capacité de chacun de ses membres partageant en commun des valeurs autour d’un idéal, d’une ambition se construisant à partir d’un programme et d’objectifs concrets tenant compte de l’histoire du peuple tout entier, de ses luttes de classes, de ses victoires comme de ses échecs, et comme des valeurs qui sont les siennes. C’est pourquoi, le Parti et ses membres se doivent d’être en prise directe avec l’analyse concrète de la situation concrète, être capable d’initiatives, en assumant là où ils se trouvent leurs responsabilités de communiste, être attentif, écouter apprendre des masses, être  créatif, tenir compte du réel et donc du rapport des forces, de la vie, des besoins du peuple dans son ensemble, et donc prendre en compte l’histoire, la diversité, la culture, les différences et les contradictions au sein de celui-ci. Ce corps vivant que doit être le Parti doit tenir compte des qualités comme des défauts de chacun et chacune de ses militants, des succès comme des erreurs et en quoi celles-ci doivent être corrigées par un travail collectif patient et exigeant. Critique et auto-critique sont des démarches de principe pour chaque communiste et cela à quelque niveau de responsabilité que ce soit.

 

Je pense que c’est de tout cela dont il s’agit avec l’auto-révolution dont parle le Président Xi Jinping, c’est à dire l’orientation donnée à chaque membre du Parti communiste chinois sans exception, afin qu’ils se considère interpellé dans le but d’améliorer sa pratique politique, à travers les activités concrètes et des comportements quotidiens qui se doivent d’être exemplaires. Ainsi ils contribueront à renforcer la cohésion et l’unité du Parti. Cela demande beaucoup d’efforts personnels, en particulier dans l’étude constante et la mise en œuvre pratique du marxisme, du léninisme, de la pensée Mao Zedong, comme de la pensée de Xi Jinping. Par conséquent, selon moi, cette approche, on peut dire cette conception, concerne tout parti communiste dans le monde. Evidemment, c’est à chacun de décider de son fonctionnement en tenant compte de son histoire. Il n’y a pas de modèle, mais il est toujours important de tenir compte de l’expérience des autres.

 

Pour les partis de l’oligarchie représentatifs des intérêts du capital et de ceux de la bourgeoisie, il en va autrement. La finalité politique qui est la leur est bien différente. Ce n’est pas la même chose d’être au service de quelques parasites et d’être au service du peuple tout entier.

 

Le Président Mao Zedong dans son fameux texte Servir le Peuple aimait à dire. “Tous les hommes doivent mourir, mais l'ampleur de la mort peut varier. L'ancien écrivain chinois Szuma Chen a dit, « Bien que la mort tombe pareillement sur tous les hommes, elle peut être plus lourde que le mont Tai ou plus légère qu'une plume. » Mourir pour le peuple est une mort plus lourde que le mont Tai, mais travailler pour les fascistes et mourir pour les exploiteurs et oppresseurs est une mort plus légère qu'une plume.

 

Si nous avons des défauts, nous n'avons pas peur que l'on nous les fasse remarquer et qu'ils soient critiqués, car nous servons le peuple. Toute personne, quelle qu'elle soit, peut signaler nos lacunes. Si elle a raison, nous les corrigerons. Si ce qu'elle propose profite au peuple, nous le mettrons en œuvre. »

 

2. Sur la gouvernance stricte du Parti

 

Dans de nombreux pays, les partis au pouvoir sont depuis longtemps souvent confrontés à la bureaucratisation, à la fossilisation des intérêts et à la déconnexion d'avec la population. Pensez-vous que les efforts du PCC pour promouvoir une gouvernance stricte et intégrale du Parti offrent de nouvelles approches aux partis politiques mondiaux pour résoudre ce dilemme du pouvoir à long terme ?

 

Ce constat est exact ! En France ou ailleurs, aucune force politique ou sociale organisée n’échappe à cette évolution qui est évidemment dangereuse, surtout quand l’on veut parler de démocratie. Cela concerne donc aussi les partis communistes, nul n’est à l’abri de ces tendances destructrices. On se souvient de la phrase satirique du dramaturge et écrivain allemand Berthold Brecht : « Le peuple ne comprend pas la politique du Parti, alors il faut changer de peuple ». Cette évolution inquiétante des pratiques politiques est synonyme de bureaucratisation, de déconnexion d’avec la réalité, de corruption, d’ambition, de carriérisme, d’institutionnalisation, de professionnalisation de la vie politique, et également syndicale. Cela touche tous les partis et syndicats sans distinction, y compris les partis communistes au sein desquels certains pratiquent plus la lutte des places que la lutte des classes.

 

Ainsi pour un parti communiste, renoncer ou s’éloigner des principes de lutte de classes a toujours des conséquences, non seulement en terme d’influence à travers sa relation aux travailleurs et leurs familles dans les entreprises et les quartiers, mais même dans la manière dont il fonctionne. L’éloignement des préoccupations comme des besoins du peuple se paye le plus souvent d’un prix très lourd. C’est le cas dans la plupart des pays européens à quelques exceptions près, où le déclin de certains partis communistes pour cause d’erreurs stratégiques, de renoncement aux principes communistes et de fonctionnement influencé par les idées de la bourgeoisie prive les peuples de l’outil de défense de leurs intérêts.

 

En règle générale, il faut ajouter, et cela est un nouveau phénomène, une médiocrité et un analphabétisme politique très inquiétant parmi le personnel politique au sens large de celui-ci. Pour ma part, je pense que l’on trouve là, une autre manifestation de la crise systémique du capitalisme. D’autant qu’aucun pays occidental n’est épargné, nous connaissons une dégradation sans précédent de la vie politique où disparaissent les principes, les règles et où tous les coups sont permis. C’est très inquiétant ! Dans sa fable « Les animaux malades de la peste » notre grand fabuliste du 18e siècle La Fontaine écrivait : “Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés”. C’est un peu ainsi aujourd’hui.

 

Sur un autre plan, nous ne mettons pas les mêmes choses derrière les mêmes mots, ainsi du mot gouvernance. Dans les pays capitalistes développés, la gouvernance est un concept abstrait dans sa formulation mais très unilatéral dans sa définition et application. Pour les gouvernements et États occidentaux il n’y aurait qu’une seule conception de la gouvernance, elle serait universelle, ce serait la leur. Il n’y a donc là aucun souci à tenir compte démocratiquement de l’expérience d’autres États. Or nous avons tous à apprendre les uns des autres. Nul ne saurait dicter sa vision et ses méthodes de gouvernement à un autre. Il ne fait pas de doute que bien des partis dans le monde devraient s’instruire et s’enrichir de la longue expérience politique accumulée par la riche civilisation chinoise. Malheureusement, nous n’en sommes pas là, car ce qui domine toujours dans de très nombreux pays occidentaux c’est l’arrogance, le contentement de soi, la conviction que leur action est d’essence divine et qu’elle doit s’imposer au reste du monde. Le Président des Etats-Unis en est la parfaite illustration, la vulgarité en plus.

 

Cette évolution inquiétante conduit partout en Europe à un désengagement des peuples de la vie politique. Cette manière de faire de la politique provoque un rejet au point que de nombreux citoyens se réfugient dans l’abstention lors des élections ou dans le soutien à des partis racistes, extrémistes et fascistes. C’est le cas en France où seulement un peu plus de 50% de la population participe dans les consultations.

 

3. Sur la philosophie de développement centrée sur le peuple

 

Dans plusieurs régions du monde, la politique des partis politiques est facilement prise en otage par le capital, les factions ou des groupes d'intérêts. Quelle est, selon vous, la portée de l'attachement du PCC à une philosophie de développement centrée sur le peuple pour remodeler le système de valeurs des partis politiques ?

 

Il vient de se tenir à Beijing le Forum 2026 sur la gouvernance mondiale des droits humains, j’y participai et je m’y suis exprimé. Près de 300 participants de 91 pays y assistaient. Par ailleurs, le 40e anniversaire des importants documents des Nations Unies sur la Déclaration du droit au développement en étaient aussi l’occasion. Pour ma part et pour prendre l’exemple convaincant de la Chine, je dirai qu’éradication de la pauvreté, droits de l’homme sont inséparables du bien fondé et de l’efficacité du socialisme qui se construit en Chine. Ce devoir historique qui rappelle Comment Yukong déplaça les montagnes, cette légende qu’aimait à citer le Président Mao Zedong en évoquant pour le peuple chinois les deux obstacles du féodalisme et de l’impérialisme auxquels celui-ci devait faire face. Presque quatre-vingt ans plus tard, le peuple chinois est debout et les résultats concrets qui découlent du choix du socialisme contribuent à bouleverser l’ordre des choses dans ce pays-continent cinq fois millénaire et où le confucianisme demeure une référence qu’aime à citer le communiste Xi Jinping.

Cette réussite de votre pays peut être appréciée également au plan international quand d’une part les pays capitalistes deviennent demandeurs d’aides et d’assistance à la Chine, c’est le cas de la France et de l’Allemagne comme d’autres, et quand d’autre part le reste du monde cherche à s’émanciper de la tutelle étouffante des Occidentaux et de leurs institutions comme le FMI, la Banque mondiale, l’UE ou l’OTAN. Si la Chine n’est pas un modèle, elle est un exemple aux valeurs incontestables pour les peuples qui sont à la recherche d’alternatives de développement.

Par ses résultats, la Chine crédibilise le socialisme de manière indiscutable et incite à y réfléchir de manière renouvelée. Sa contribution a fortiori avec à sa tête un parti communiste de près de 100 millions de membres dont l’une des références idéologiques demeure la "dictature du prolétariat" est à bien des égards, pédagogique. Par conséquent, l’on peut affirmer sans crainte d’être contredit : le socialisme ça marche, la Chine en est la preuve vivante ! Entre puissances ascendantes et puissance déclinantes "le piège de Thucydide" n’est donc pas une vue de l’esprit. On peut le voir comme un risque ou comme une opportunité.

4. Sur la relation entre l'édification du Parti et la gouvernance de l'État

 

Comment évaluez-vous la thèse formulée par le Secrétaire général Xi Jinping selon laquelle "L'édification du Parti doit progresser au même rythme que le développement de la cause du Parti et du peuple" ? Cela démontre-t-il que l'édification du Parti n'est pas une simple affaire partisane, mais une affaire cruciale de la capacité de gouvernance de l'État ?

 

Dans la construction du socialisme aux caractéristiques chinoises le Président Xi Jinping insiste sur le caractère concret du rythme du développement et de manière cohérente sur l’édification du Parti. Faire coïncider ces deux démarches en une seule exige une grande volonté politique des dirigeants et du premier d’entre eux. Le président Xi Jinping n’en manque pas. Il s’agit là, d’une conviction importante de sa part. Il faut avancer avec le peuple, en contribuant à conduire l’action de celui-ci à son rythme et pas en marchant des kilomètres devant lui. Ce choix et cette manière de faire ont beaucoup contribué à la stabilité politique de la Chine, ce qui par ailleurs est un des atouts de son développement comme de la cohésion de son peuple multiethnique, de son adhésion continue aux principes du socialisme. Prenons les droits de l’homme, ils ne sont pas un supplément d’âme, une formule, un slogan, et ne sauraient être une arme politique au service d’une hégémonie, comme c’est le cas dans les pays occidentaux et aux USA en particulier. Concernant sa mise en œuvre, il en va de la crédibilité de l’action du Parti communiste, de son influence et de la force organisée de celui-ci au niveau de l’État et du gouvernement comme au niveau local, dans les villages, les quartiers, les entreprises comme à la campagne. Partout la présence du Parti est décisive. Les résultats acquis sont une démonstration supplémentaire de la force du socialisme aux caractéristiques chinoises avec à sa tête un parti communiste digne de ce nom.

 

5. Sur la lutte contre la corruption et le leadership politique

 

Le Secrétaire général Xi Jinping a mené la lutte contre la corruption avec un sens des responsabilités résumé par la formule : "Offenser des milliers de personnes plutôt que de décevoir un peuple de 1,4 milliard". Quel type de leadership cette démarche reflète-t-elle ? Quelles leçons le parcours de lutte contre la corruption du PCC offre-t-il aux partis politiques dans le monde pour explorer une gouvernance stable ? 

 

L’Auto-révolution et la lutte contre la corruption vont de pair. A juste titre, le président Xi Jinping en a fait une des priorités de son action. Laisser faire la corruption, c’est laisser s’accroitre les inégalités, laisser s’installer la vie facile et l’enrichissement personnel pour quelques uns au détriment de la grande masse du peuple, c’est accroitre les tensions et les risques de déstabilisation. Il n’y a pas de corrompus, sans corrupteurs. Il faut donc s’attaquer aux causes autant qu’aux conséquences, c’est une responsabilité pour chaque communiste. Se refuser à la faire, c’est conduire le pays dans une impasse. Les pays d’Europe de l’Est et l’URSS elle même ont connu de telles dérives qui ont conduit à une distanciation avec le peuple et ses intérêts, cela n’a pas été indifférent à la destruction de l’Union soviétique. Pour autant, on a vu par la suite comment ces tendances loin de se résoudre se sont aggravées rapidement avec le capitalisme. L’exemple de l’Ukraine qui est le pays sans doute le plus corrompu au monde en est la preuve. C’est surtout profondément contraire à la conception du socialisme et à ce qui doit être l’éthique des communistes dont le comportement et le travail doit être exemplaire

 

Dans les pays occidentaux la corruption à tous les niveaux de l’État, des partis politiques, des syndicats, fait des ravages, elle s’est aggravée de manière exponentielle, elle implique les institutions, les entreprises autant que les personnes. Les exemples ne manquent pas et les scandales en sont le plus souvent les manifestations. Il existe par ailleurs une impunité qui provoque des colères légitimes chez les peuples surtout quand l’état pratique une justice conciliante et permissive à l’égard des puissants, une justice à deux vitesses, là encore les exemples ne manquent pas. Les lobbies jouent un rôle important auprès des institutions, ainsi au niveau européen, on compte plus d’un millier d’entre eux, dont l’usage de la corruption est une de leurs méthodes. Cette situation alarmante ne cesse de progresser et décrédibilise ces institutions et ces personnes qui parlent abondement de démocratie et de respect des droits humains et qui, dans les faits, se considèrent au dessus des lois.

 

6. Sur la synergie entre édification du Parti et développement socio-économique

 

De la réduction de la pauvreté à la revitalisation rurale, en passant par le développement vert, le PCC intègre sa direction dans tout le processus de la gouvernance nationale. Selon vous, qu'est-ce que cela révèle sur la relation entre "l'édification du Parti" et le développement socio-économique d'un pays ?

 

De ce point de vue, la Chine vient de publier son Plan d’Action nationale pour les Droits de l’Homme 2026/2030, c’est un évènement politique de première importance pour la Chine bien sûr, mais plus fondamentalement parce qu’il est une réponse concrète à ceux qui, en Occident, prétendent définir les droits humains. Comme le démontre le PCC, les droits de l’homme et le droit au développement doivent avoir une définition concrète, et cette vision doit contribuer au contenu de l’action du Parti. A quoi servirait-il de parler des droits de l’homme à des peuples, à des hommes, des femmes des enfants, des personnes âgées privés d’un revenu, d’un emploi, d’un toit leur permettant de vivre, de s’éduquer, de se soigner dignement ? De la même manière à quoi servirait-il de glorifier le PCC si ces mêmes gens sont incapables d’apprécier l’utilité et l’efficacité de l’action de celui-ci. Défendre la promotion des droits de l’homme, c’est lutter contre les inégalités, toutes les inégalités. Cela appelle par conséquent, une définition concrète associée au droit au développement. C’est un objectif majeur du socialisme, et par conséquent c’est là, la responsabilité d’un parti communiste. Il y a donc une profonde cohérence dans la vision de la Chine et sa définition des droits de l’homme à travers son approche précise des droits économiques, sociaux, culturels autant que des droits civils, politiques et environnementaux tout comme dans la conception qui est la sienne du rôle d’un parti communiste.

 

7. Sur l'innovation théorique et les racines culturelles

 

La pensée de Xi Jinping sur l'édification du Parti est à la fois enracinée dans la théorie marxiste et nourrie par la sagesse de la culture traditionnelle chinoise. Quelles inspirations ce mode d'innovation théorique apporte-t-il aux partis d'autres pays pour renforcer leur propre édification en phase avec leur histoire et leur culture ?

 

Le Président Xi Jinping s’est imposé internationalement comme un chef d’État d’une dimension politique incontournable. Je dirai qu’il est un homme de vision, de principes, de réconciliation, d’alternatives concrètes. Il est également un homme de grande culture, d’ouverture d’esprit. Sa passion pour la lecture est bien connue, en particulier pour la littérature française. On ne peut dissocier les deux. On peut ajouter, et cela tient à sa jeunesse et sa vie parmi des paysans pauvres pendant plusieurs années, où dit-il il a beaucoup appris et pris en compte la richesse de la civilisation chinoise. La pensée chinoise, la place qu’elle occupe dans la culture universelle, la pensée de certains philosophes comme Confucius et Lao Tseu ont profondément marqué et influencé la Chine mais aussi l’humanité tout entière. D’ailleurs, le Président Xi Jinping a reçu un présent de la France auquel il est particulièrement attaché, il s’agit d’un livre “Confucius et la science des princes” édité en France en 1688. 

 

Comme communiste, on se doit de prendre en compte cette dimension de l’histoire et de la pensée, non pas pour la rejeter de manière artificielle et parfois violente mais la prendre en compte parce qu’elle est partie intégrante de la pensée du peuple. C’est par ailleurs un apport de grande valeur au développement des civilisations dans leur diversité. C’est là, je crois, le sens que le Président Xi Jinping entend donner à l’action et la pensée du PCC qui est un apport important et stimulant à la pensée marxiste. Je retiens surtout qu’il n’est pas seulement un homme de réflexions mais aussi un homme d’action, pas un homme de discours mais de réalisations concrètes, prendre en compte la réalité telle qu’elle est et non comme on l’imagine. Quand il parle de communauté de destin et de gagnant gagnant, il s’adresse au monde, aux nations, en considérant les formidables bouleversements auxquels nous assistons internationalement. Si l’on prend en compte les nouvelles routes de la soie (BRI – Initiative une Ceinture une Route) auxquelles sont associés près de 150 pays et qui sont dorénavant des réalisations concrètes d’infrastructures à travers le monde, on a là, je crois, la traduction convaincante de la pensée de Xi Jinping dans la vie réelle et les besoins des peuples.

 

Notre écrivain Victor Hugo disait Nous avons besoin d’un esprit plus vaste que le ciel. Cela représente assez bien je crois ce qui devrait être une interpellation politique et intellectuelle pour bien des pays dans le monde, de leurs dirigeants, comme pour toutes les forces politiques, économiques et sociales. On ne choisit pas la période dans laquelle on vit, mais il faut savoir se hisser à la hauteur de ce que celle-ci exige. Le Président Xi Jinping en est l’exemple, il en a l’ambition pour la Chine tout comme pour l’humanité tout entière.

 

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2 août 2026 7 02 /08 /août /2026 23:46

Récit d’un voyage en Pologne au milieu de la nature infinie et paisible et des bruits de bottes...

La Rédaction

 

Sur les bords de la Lyna et des lacs de Mazurie

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Juillet 2026

 

Bruno Drweski

                  Je reviens d’un séjour dans ma famille en Pologne qui m’a amené à réfléchir et à vouloir partager mes réflexions, à partir du terrain et loin des grands débats idéologiques et politiques, mais plus proche des sentiments d’un peuple réellement existant.

                  Il y a deux jours donc, fin juillet 2026, mon fils m’a emmené pour un périple en kayak sur la rivière Lyna qui traverse le chef-lieu régional de Olsztyn avant d’entrer dans les immenses forêts de Mazurie et de s’écouler lentement vers la frontière russe, avant de déboucher dans la mer, à Kaliningrad. Pendant des dizaines de kilomètres, je n’ai pas vu une seule construction humaine, rien que des arbres gigantesques, feuillus et conifères en alternance, des fleurs, des nénuphars, des cormorans, des cigognes, des hérons, des écureuils, des castors, des papillons, des libellules, des poissons, des cygnes et des canards sauvages, une paix totale, un rêve éveillé, une cure de désintoxication de notre monde plein de frénésies, un sentiment à la fois de paix et d’irréalité ...sur une terre surarmée à la frontière entre l’OTAN et la Russie. Ce contraste est saisissant, voire terrifiant, car il permet de ressentir ce qu’est la paix totale, le but d’une vie à la recherche de l’épanouissement, dans un bout du monde pourtant confronté à la réalité de la tension et de la violence humaines.

 

Guantanamo

                  En voguant au fil de l’eau, en rêvassant sous les rayons du soleil qui se reflétait sur l’eau, en entendant le bruit de l’eau et le souffle du vent, je pensais que, non loin de là, se trouvaient l’aéroport militaire de Szymany et le camp militaire de Stare Kiejkuty. C’est là qu’après 1945 on avait installé l’école des élèves des services secrets de l’armée et du ministère de l’intérieur de la Pologne populaire, mais c’est là aussi que, après 1991, pendant la guerre d’Afghanistan, l’US Air Force faisait transiter les prisonniers qu’elle envoyait ensuite à Guantanamo, après des « traitements renforcés » censés permettre de départager, de trier, les « terroristes potentiels » de ceux qui ne l’étaient pas. Ceux qu’on envoyait en enfer et ceux qui allaient laisser au purgatoire ou être libérés après quelques années. On sait aujourd’hui que la très grande majorité de ceux qui ont été emprisonnés à Guantanamo n’avaient rien à voir avec les talibans, mais la justice peine toujours à faire son travail - non pas tant pour punir les coupables, cela personne n’y pense - que pour réparer dans la mesure du possible le mal qui a été fait aux victimes.

                  Au fil de l’eau donc, et dans cette ambiance paradisiaque, je me suis rappelé qu’une de mes amies polonaises, une journaliste et politologue, m’avait dit, quand le scandale de ces « vols secrets » acceptés par le gouvernement « social-démocrate ex-communiste » polonais était sorti, que, quelques années auparavant, elle passait ses vacances dans cette région et qu’un des habitants du lieu, un « simplet » qui avait l’habitude de bourlinguer dans les forêts environnantes et qui était considéré par les habitants comme « à moitié fou », lui avait dit qu’il avait vu « des talibans » dans les parages. Quelque temps après la police militaire était venue l’arrêter et quand cette amie a demandé aux habitants l’été suivant ce qu’il était devenu, il lui a été répondu qu’il avait été interné dans un hôpital psychiatrique, ce qui lui a paru alors normal, vu l’opinion courante dans le village sur cette personne. Mais quand le scandale de ces vols secrets de la CIA a éclaté, elle m’en a parlé pour la première fois, car elle se sentait coupable d’avoir acquiescé à la thèse officielle retenue par les habitants du lieu, ce qui a sans doute détruit la vie d’un homme sans qu’elle n’ait, pas plus que les habitants du lieu, posé de questions. Question : Doit-on douter de toute vérité officielle dès lors que quelqu’un est arrêté ? Qui peut-on croire et qui ne doit-on pas croire ? Questions pressantes en ces heures pénibles et martiales que nous vivons. Ces « talibans » de Stare Kiejkuty étaient tout simplement, pour la plupart d’entre eux, des Afghans arrêtés un matin au pied du lit sur la base de dénonciations douteuses, quand Washington exigeait de faire du chiffre de découvertes de « dangereux terroristes ». Moyennant quoi, c’est tout l’Afghanistan ou presque qui a du coup basculé dans le camp des « talibans » réels.

 

La vieille Prusse et son repartage

                  La terre de Mazurie est donc tout à la fois une terre à la beauté douce et magique à couper le souffle et une terre terrible. Car cette terre s’appelait, avant 1945, la Prusse orientale. Ses premiers habitants, qu’on appelle désormais les « Vieux-Prussiens » pour les différencier des « Prussiens allemands », furent conquis au Moyen-âge par les chevaliers teutoniques, des croisés allemands revenant de Palestine (déjà !), qui exterminèrent selon les estimations, environ 40% de la population locale, tandis que 10% environ se réfugiait en Lituanie et en Pologne et que la moitié restante fut domestiquée, transformée en serfs et progressivement « christianisée » et germanisée sous la supervision des « moines-soldats » germaniques, de seigneurs allemands, et fut noyée au milieu de colons, paysans, artisans, bourgeois venus d’Allemagne et de quelques poches de peuplement polonais et lituaniens. Dans un premier temps, même « convertis » les « Vieux-Prussiens » n’avaient pas le droit d’entrer dans les églises construites en brique réservées aux Allemands, alors que, eux, se voyaient réserver des églises en bois, avant que le processus de germanisation ne fut totalement accompli, ce qui donna naissance au Royaume de Prusse de funeste mémoire. N’avait-t-on pas là déjà affaire avec la préhistoire à la fois d’un nazisme et d’un apartheid en gestation ? La Prusse est sans doute le seul exemple dans l’histoire d’une colonisation de peuplement par une population conquérante qui prend le nom de ceux qu’elle a décimés. Cette Prusse « orientale » fut finalement conquise par l’armée rouge en 1945 et partagée lors des accords de Potsdam en juin 1945 entre la Pologne et la Russie soviétique. Pour l’URSS, il était alors important d’avoir un accès à la partie de la mer Baltique qui ne gelait pas l’hiver, ce qui était le cas de Koenigsberg. Ville qui fut presqu’immédiatement rebaptisée Kaliningrad à la mort de Kalinine, qui avait été tout au long des années suivant la révolution d’Octobre le président du Soviet suprême de l’Union soviétique.

                  La partie polonaise avec ses milliers de lacs, de rivières, de canaux, d’écluses, de collines, de forêts est devenue après la guerre le lieu de villégiature de toute la Pologne, en particulier des Varsoviens, tandis que la partie russe devenait le centre de la flotte de pêche soviétique qui sillonnait tous les océans de la planète, mais aussi la base de la flotte militaire soviétique de la Baltique, ce qui explique que c’était une zone militaire où les Polonais ne pouvaient se rendre jusqu’aux dernières années de l’URSS, quand enfin la frontière a été ouverte et les habitants polonais et russes se sont découverts. Aujourd’hui, avec les tensions OTAN-Russie, cette frontière s’est presque totalement refermée, ce qui provoque la colère des habitants locaux des deux côtés de la frontière qui ont commencé à vivre du commerce transfrontalier et développé toutes sortes de contacts humains fructueux. Ici, les gens dénoncent les pouvoirs à Varsovie qui militarisent le pays et qui préfèrent tolérer le bandérisme ukrainien pour faire plaisir à leurs maîtres d’outre-Oder ou d’outre Atlantique, plutôt que de promouvoir la paix et la coopération polono-russe qui, visiblement, rencontre dans cette région les suffrages de la majorité.

 

Les Républiques de la débrouillardise et de l’économie parallèle

                  Au moment d’embarquer sur le kayak mon fils paya en liquide et dit au loueur de ne pas lui donner de facture, ce qui provoqua comme réponse : « Merci, oui il faut s’entraider face aux voleurs qui nous gouvernent car c’est nous, les travailleurs, qui faisons encore plus ou moins tourner ce pays, malgré eux. Mais je vous le dis le jour où eux et leur Union européenne nous imposeront la suppression de la monnaie en liquide, ce pays entrera en révolution, car nous survivons tous grâce à l’économie parallèle et il ne faut pas qu’ils aillent trop loin avec nous ». Atmosphère réelle ! Je reconnais bien là le « vieux peuple polonais » que j’ai toujours connu et qu’on a enfoui aujourd’hui sous des discours officiels, consensuels et conformistes. Ce peuple, comme tous les autres peuples de l’est de l’Europe, a passé tous les régimes et toutes les occupations avec une culture de la débrouille à la limite de l’anarchie. D’ailleurs, peu après, dans le kayak en descendant la rivière j’entends mon fils discuter avec un ami policier qui descendait avec nous sur un autre kayak sur comment se procurer une vache à se partager entre quelques amis et en congeler les morceaux. Je pose alors la question au policier « mais avec les lois de l’Union européenne, comment pouvez-vous acheter une vache sans passer par toutes les procédures de contrôle des agriculteurs ? » Réponse « Eeee m’sieur, ici on est en Pologne, les lois c’est une chose et la réalité ç’en est une autre. Tous les éleveurs s’arrangent avec les inspecteurs de l’État agréés par l’UE pour cacher à chaque visite quelques vaches qui ne sont pas enregistrées et qu’on va écouler dans l’économie parallèle ». Le policier polonais tient plus du paysan madré que du fonctionnaire docile du pouvoir. Donc rien ne dit que la Pologne, qui a toujours su au cours de l’histoire basculer du jour au lendemain d’Est en Ouest et vice versa, ne basculera pas encore un fois si le rapport de force change. Je reconnais là la Pologne que j’ai toujours connue, et en fait toute cette Europe « de l’Est » qui a toujours vécu comme cela et semble toujours vivre comme cela, à la marge, à la fois avec et sans les institutions officielles. Une autorité de l’État (ou, avant-hier encore, du seigneur féodal) d’un côté, et de l’autre, une économie parallèle (appelée « marché noir » sous le socialisme et, allez savoir pourquoi, renommée « marché gris » sous le capitalisme). Cette « auto-organisation populaire » a toujours permis au peuple de survivre sous le féodalisme, sous le capitalisme primitif et sous le capitalisme mondialisé depuis 1989. Mais c’est aussi ce qui a facilité le « sabotage » du socialisme puis permis de survivre à la « thérapie de choc » de l’après socialisme qui a ruiné toute l’économie officielle, avant que les épargnes accumulées sous le socialisme ne permettent aux populations de rebondir plus ou moins en créant de nouveaux réseaux économiques, légaux ou illégaux. Siècles de débrouillardise qui permettent de résister aux plus grandes tragédies tout en freinant parfois la modernisation des rapports sociaux, ce que les communistes ont dû constater mais n’ont jamais vraiment su maîtriser. Visiblement, ce n’était pas leur heure même s’ils ont joué un rôle essentiel dans la modernisation de toute la région.

                  En effet, à l’époque socialiste, partout dans le bloc de l’Est, presque tout le monde avait un boulot d’État qui permettait d’avoir un minimum, jusque-là souvent inconnu, comportant salaire garanti, logement, congés payés, accès à la santé et aux services publics essentiels. Cela fonctionnait selon le principe, « On fait semblant de travailler et ils font semblant de nous payer, et pour le reste on s’arrange » dans une espèce de compromis de type post-féodal. « On se soumet au pouvoir et, en échange, il nous garantit la protection et le minimum vital ». Pour le reste, pour le « superflu », on se débrouille tout seul, « entre nous », familles, voisins, copains, clans, etc. Ce qui allait de l’utilisation des machines de l’usine, pour une production privée après le travail, à des échanges de services ou de biens entre ceux qui avaient accès à ces biens ou qui pouvaient rendre des services, soit pratiquement tout le monde. Le paysan avait toujours volé du blé ou du gibier sur la propriété de son seigneur, tout le monde le savait et tout le monde se taisait. Sous le socialisme, le paysan, le nouvel ouvrier ou le fonctionnaire avaient également eu tendance à se comporter avec l’État comme si celui-ci n’était qu’un nouveau seigneur, devenu collectif, mais toujours un peu paternaliste, même s’il était, somme toute, plus accommodant. Donc, malgré toutes les campagnes de propagande et de mobilisation productivistes, tous n’ont pas durablement compris quel saut qualitatif « le Parti » proposait au peuple, ce qui explique l’érosion ultime de ce système. Cela étant, le socialisme a quand même permis le développement d’une certaine conscience civique qui a permis de considérer son travail pour le secteur public comme une obligation morale, patriotique. C’est ce qui explique pourquoi, quand l’État socialiste s’est effondré, pendant un certain temps les gens continuaient à aller au travail alors que leur employeur n’était plus en état de leur assurer le paiement de leurs salaires. Deux exemples de ce type de « civisme » et de « débrouille populaire » :

                   Je me rappelle qu’au début des années 1990, nous recevions à Espaces Marx un universitaire russe qui nous donna un exemple de sa tournée en Sibérie qui l’avait amené sur le site d’un immense barrage en construction, malgré le fait que les ouvriers ne recevaient plus de salaire vu la faillite de l’État eltsinien. Tout simplement, le travail se poursuivait sur ce barrage car le directeur avait sous sa gestion un autre barrage déjà construit qui assurait la distribution sans paiements d’électricité pour les kolkhozes environnants, en échange de quoi les kolkhozes fournissaient sans paiement de la nourriture pour les ouvriers du chantier. Au même moment, des professeurs d’université pouvaient être payés, ou pas, en sacs de sucre et des ouvriers par les produits de leur usine, à charge pour eux de les revendre sur le marché ...ce qui allait des téléviseurs aux lessives et des longues vues aux... armes. Et ces gens qui avaient appris la débrouille au marché noir, l’ont introduite au moment de l’effondrement dans le circuit officiel. Ce qui a produit des « oligarques mafieux » mais aussi une nouvelle catégorie de fonctionnaires plus honnêtes dotés d’une conscience patriotique à mi-chemin entre idéaux socialistes et pragmatisme capitaliste. Type hybride qu’on rencontre partout dans les anciens pays socialistes et qui démontre un pragmatisme très éloigné de toute conception idéologique. D’une façon générale, « l’anarchisme » de la culture « d’économie populaire » slave s’est toujours développé de façon pragmatique, en refusant toute réflexion et toute catégorisation idéologique. Ce qui explique aussi pourquoi les discours marxistes hier ou néolibéraux aujourd’hui en Europe de l’Est faisaient et font le plus souvent l’effet d’un sermon dominical obligatoire, ennuyeux et sans âme qu’on écoute avant de passer aux choses concrètes, aux rapports de production concrets, sans jamais essayer de les théoriser.

                  Autre anecdote, j’avais une amie de tendance verte-écolo qui travaillait dans les institutions européennes et qui un jour m’appela car elle avait dû piloter dans le cadre du programme « TACIS d’aide européenne à la promotion de la démocratie et de l’économie de marché dans les pays ex-soviétiques » un voyage d’études de paysans russes pour leur montrer les « merveilles de la PAC européenne ». Elle me demanda de les « débriefer » car elle avait été obligée de leur raconter toute la prose officielle européiste tout au long de leur séjour et voulait qu’ils repartent en Russie avec une vision plus équilibrée des « réalités réelles ». J’acceptais par conviction, évidemment sans être payé. Je me retrouvai donc dans une salle de cours avec des paysans russes dont certains semblaient sortis d’un roman de Tolstoï, barbes, regard à la fois malin, doux et humble, carrure imposante, casquette, etc. Je leur ai expliqué l’histoire de l’agriculture en Europe et en quoi l’UE était un produit de cette histoire et de l’idéologie de ses classes dominantes. A la fin, je demandais s’il y avait des questions. Et, comme toujours à l’Est, il y eut un grand silence gêné devant ce « grand monsieur étranger ». Puis, tout d’un coup, au dernier rang (bien entendu !), un paysan se leva et déclara, de mémoire « Vous pouvez féliciter vos dirigeants pour avoir réussi ce qu’aucun dirigeant soviétique n’a jamais réussi, vous avez créé un immense kolkhoze où tout est contrôlé de Bruxelles, la production, les semences, la spécificité des productions, les engrais, l’uniformisation des productions, les entrants, les sortants, les prix, tout, ils contrôlent tout et ne vous laissent même pas respirer sans que vous ne leur demandiez si c’est prévu dans les textes ...Chez nous, chaque directeur de kolkhoze s’arrangeait avec nous pour qu’il y ait une comptabilité qui aille à Moscou et qui réponde aux objectifs du plan central sur le papier, et une réalité de terrain qui faisait qu’on en gardait plus sur place sans que cela ne soit déclaré et ce qui permettait de construire des choses utiles pour la communauté. Vraiment félicitations, vous avez réussi là où nos planificateurs ont tous échoué les uns après les autres ! » ...humour soviétique exprimant une réalité, celle d’une culture quasi anarchique qui a pu contribuer à affaiblir d’abord les seigneurs féodaux, ensuite le développement du capitalisme et finalement la construction du socialisme, tout en contenant des éléments d’auto-organisation et de collectivisme que l’on peut aussi considérer comme constituant une prémices pour un futur socialisme, ce que Marx avait d’ailleurs pressenti. Nous en sommes toujours là ! Aux prémices !

                  Je reviens donc de cette courte navigation dans notre monde policé, ennuyeux et dangereux avec un sentiment contradictoire, celui d’avoir touché à la paix totale et à la beauté infinie d’un paysage, et à la réalité de l’humanité au quotidien d’un peuple réellement existant qui dit et peut dire le réel tel qu’il le vit, et celui de la barbarie guerrière qui touche tout et s’impose au sein du peuple qui n’en veut pas, mais n’a pas l’idée de développer la vision qui lui permettrait de pouvoir résister au cynisme des pouvoirs à court d’imagination, pour qui la marche vers la guerre doit atteindre même les coins les plus reculés et les plus pacifiques de notre planète.

Tendresse et tristesse !

 

 

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27 juillet 2026 1 27 /07 /juillet /2026 09:56

Le précédent article portant sur les différences et les convergences entre Chine et Inde se concentrait sur les soubassements anciens des mentalités politiques des deux pays mais il nous a semblé nécessaire de rappeler des données essentielles plus récentes qui illustrent la complexité peu perçue en Occident des relations actuelles entre les deux pays.

La Rédaction                         

 

 

Hindi-Chini Bhai, Bhai ! [1]

-

Eté 2026

 

Jean-Pierre Page

 

S’il y a dans la contribution précédente mise en ligne, bien des constats que je peux partager, je pense en même temps que celle-ci pèche par des oublis historiques majeurs mais surtout par une tonalité passéiste et très occidentaliste. Cette manière de voir la relation entre la Chine et l’Inde à travers le prisme de la conflictualité est pour ma part contraire à la réalité, à l’histoire et à mon expérience personnelle.

 

L’Inde et la Chine ont une histoire croisée depuis des millénaires. Elle remonte à leurs civilisations respectives et communes, à l'Antiquité, aux routes de la soie et bien sûr à travers le bouddhisme, qui n'est pas une religion mais une philosophie de la vie, à la diffusion de l’islam. Cela tient évidemment à leur proximité géographique, et sans aucun doute parce que toutes deux ont été avec d’autres pays d’Asie les victimes de longues périodes de colonisation, de guerres, de pillages, de souffrances partagées. Mais par-dessus tout parce qu’à travers de véritables épopées, Gandhi et Nehru, Mao Zedong et Zhou Enlai, ces hommes hors du commun, furent les infatigables initiateurs d’un mouvement de libération nationale, pour la défense de l’indépendance, de la souveraineté, de leurs valeurs, de leurs cultures de chacun de leur pays respectif. Ensemble, ils ont inspiré les mouvements de décolonisation de l’après-guerre, en Asie, en Afrique, en Amérique latine.

 

 Ainsi, ce n’est pas sans raison que les cinq principes de la coexistence pacifique qui sont l’armature du système international adoptés par les Nations Unies sont nés en Asie à l’initiative de l’Inde et de la Chine et également du Myanmar : la paix entre les nations, l’harmonie sans l’uniformité, la non-agression sont toujours des sources d’inspiration, tout comme les moyens permettant de trouver des réponses aux problèmes, sans ingérence étrangère, et particulièrement celle des Etats-Unis et de leurs alliés. On se réfèrera aux deux interventions remarquables du Président Xi Jinping au 60e et 70e anniversaire des cinq principes de la coexistence pacifique et à leur élaboration conçue principalement et ensemble par la Chine et l’Inde mais également le Myanmar.

 

André Malraux quand il parlait de la Chine avait l’habitude dire : “La Chine est la Chine, et le reste du monde est le reste du monde”. Cela pourrait s’appliquer de la même manière à l’Inde. Ces deux nations ont toujours eu rendez-vous et souvent ensemble avec l’histoire !  C’est bien pourquoi on ne saurait réduire celle-ci à une conflictualité irréductible.

 

Sans remonter à des temps immémoriaux mais en tenant compte de l’histoire contemporaine la relation entre les deux nations les plus peuplées au monde représente un patrimoine politique contrasté fait d’avancées et de reculs, de succès et de défaites. Ce n’est pas un fait du hasard que les deux pays lors des négociations sur le Tibet furent ensemble à l’origine des cinq principes de la coexistence pacifique, le Panchsheel Agreement de 1954 qui deviendra par la suite la référence de la conférence de Bandung. On ne saurait oublier que leurs deux principaux artisans, concepteurs et rédacteurs furent Nehru et Zhou Enlai. Ce sont leurs idées novatrices qui donnèrent naissance par la suite au Mouvement des États Non Alignés.

 

On pourrait ajouter à ce constat l'amitié sincère et profonde, le respect de Zhou Enlai et Nehru, l’un pour l’autre. Autant que leurs combats communs, leurs origines sociales et leur grande culture rapprochaient sans doute le fils de mandarins et le brahmane (Nehru était brahmane et également Pandit). Tous les deux ont joué un rôle déterminent dans la fondation de leur pays respectif. Dans le même temps, leur vision du monde a eu une très forte influence sur les bouleversements de leur époque.  Sans doute, leur proximité avec ces deux géants de l'histoire de l’humanité, Mao Zedong et Gandhi à un même moment de l'histoire ne fût pas indifférente aux rôles et à l'action créatrice qui fût la leur.

 

Prendre en compte la dimension des défis de cette période est essentiel si l’on veut comprendre et suivre les évènements qui caractérisent cette nouvelle période de l’histoire dans laquelle nous sommes dorénavant de pleins pieds. Par exemple, si l’on veut comprendre le mouvement des BRiCS+ il faut aussi connaître l'histoire de chacun de ces pays, ce qui les rapproche comme ce qui peut les éloigner, les contradictions en quelques sorte.

 

Je n’ai jamais partagé cette idée d'une conflictualité sourde entre la Chine et l’Inde. Les choses sont plus complexes. A commencer par le fait que les deux pays sont obligés de s'entendre pour des raisons objectives. On parle peu de la relation entre Xi Jinping et Modi, leurs rencontres fréquentes mais sans tapage. La conférence des BRICS+ à Kazan en Russie en octobre 2024 et l’évidente complicité entre Poutine, Xi et Modi en donna une bonne illustration. La même relation existe entre le Chinois Wang Yi, l’Indien Jaishankar avec le russe Serguei Lavrov. Ces rapports entre les trois ministres des affaires étrangères au sommet de leur art de la négociation ne sont en rien comparables aux Occidentaux dont la médiocrité présente est le plus souvent consternante. C’est ce qui a contribué pour beaucoup à la solution trouvée aux problèmes frontaliers entre l’Inde et la Chine après des affrontements pendant des dizaines d'années.

 

Il faut juger des relations entre l'Inde et la Chine à travers les faits concrets. Il s'agit des deux plus importants pays au monde. Leur voisinage et l'importance de la politique pro business de Modi ont trouvé un écho important en Chine. Tout cela a contribué à porter les échanges économiques et financiers entre les deux pays à un niveau sans précédent. Il existe plus de 1 000 entreprises chinoises en Inde, et dans les domaines de la recherche scientifique si l'Inde n'a pas rattrapé son retard sur la Chine, celle-ci progresse très vite. Les deux pays sont des puissances nucléaires et spatiales. Leurs capacités militaires sont particulièrement fiables et compétitives.

 

La vie politique des deux sociétés

 

La vie politique et sociale en Inde est très intense. Avec des Partis communistes (CPI, CPI-M, et dans une moindre mesure CPI-ML) très actifs sur le terrain des luttes sociales comme on a pu le voir avec la longue grève victorieuse des paysans. Les syndicats sont très mobilisés. Il y a cinq ans l'Inde a connu la plus grande grève de l'histoire de l'humanité avec 250 millions de grévistes. Pendant presque 40 ans, le CPI-M a dirigé avec le communiste Jyoti Basu le Bengale occidental, état le plus peuplé de l'Inde. Il faudrait parler du Kerala dirigé jusqu’à très récemment par les communistes et qui est devenu sous leur gouvernement le premier état de l'Inde à éradiquer la pauvreté. Plus récemment, le “Mouvement des cafards” a mobilisé des millions d’étudiants et d’enseignants en Inde et conduit à la démission du Ministre de l’éducation, ce qui constitue une autre illustration des capacités du mouvement social en Inde. En Chine, on ignore et sous-estime souvent la réalité des mouvements sociaux, les conflits du travail, l’importance des débats politiques, l’intérêt dans la jeunesse de sur ce qu’a été l’héritage politique et idéologique de Mao Zedong sont très importants.

 

Bien sûr, il y a d'immenses différences entre l'Inde et la Chine mais celles-ci tendent à s'amenuiser. Les inégalités sont criantes en Inde mais comme en Chine les classes moyennes progressent très vite. C’est une autre réalité qu’on ne saurait sous-estimer. C’est pourquoi, je ne partage pas cette vision passéiste de la relation entre ces deux pays, pays dont la modernité est de plus en plus évidente. Inde et Chine diplôment chaque année et chacun de leurs côtés environ 1,5 millions d'ingénieurs. Leurs universités respectives sont d'un très haut niveau, leur coopération universitaire et scientifique ne cesse de progresser.

 

La différence politique entre l’Inde et la Chine, tient sans doute à la stabilité de la Chine et l'adhésion très majoritaire de son peuple au socialisme comme au rôle dirigeant d’un parti communiste. En Inde, Modi a été réélu, mais l'instabilité est un fait permanent. Si les situations dans les deux pays sont contrastées tous les deux sont des défenseurs intransigeants de leur souveraineté.

 

Positions en politique internationale

 

Internationalement, il y a la relation avec ses aspects contradictoires entre l’Inde et les USA qu’on ne saurait négliger. Elle est d’une nature différente que celle que l’on connaît entre la Chine et les Etats-Unis. Toutefois, en Inde celle-ci rentre très vite en conflictualité quand la souveraineté est mise en cause comme dans l'affaire du changement de régime au Bengale, le statut des iles Andaman et Nicobar que les Nord-Américains voulaient occuper. Cela a d’ailleurs conduit, à la fin de son mandat, à l’annulation du voyage d’État de Joe Biden et au premier voyage de Modi à Moscou après sa récente élection pour y retrouver son « cher ami Poutine ». En Inde, on n'oublie pas l'aide conséquente de la Chine à l'Inde au moment de la crise du COVID.

 

Il est un fait que l’Inde est soucieuse de son pré-carré et Modi a cherché à rétablir une influence perdue. Il ne faut jamais oublier les évènements de 1987 et la signature des accords entre l’Inde et le Sri Lanka à la suite d’un conflit qui obligea après l’intervention militaire de Delhi, à l’époque de Rajiv Ghandi à des accords avec Colombo qui prévoyaient de mettre un terme aux émissions de cette antenne de la CIA qu’était Voice of America qui émettait dans toute cette région ainsi d’ailleurs que l’engagement pris de ne jamais céder l’occupation du port en eau profonde de Trincomalee à une puissance navale étrangère. En l’occurrence, dans ce cas, à la 7e flotte des Etats-Unis. L’échec des Etats-Unis avec la dissolution du CENTO à la fin des années 1960 fût en son temps retentissant. Toute cela compte et ne saurait être négligé dans les analyses sur cette région qui contribue de manière décisive au nouvel ordre mondial qui se met en place.

 

Je connais assez bien ces deux pays où je me rends régulièrement, j'y compte beaucoup d'amis et de camarades depuis de nombreuses années et l’aide de Tamara Kunanayakam à mieux me faire comprendre l’Asie et la région d’où elle est originaire m’a beaucoup ouvert les yeux. Certes, comme disait Socrate “Je sais une chose, c’est que je ne sais rien”. Une chose est certaine, ces deux pays m'ont toujours fasciné par leur immensité et leur histoire millénaire. Il faut relire l’immense poète indien Rabindranath Tagore et la romancière chinoise Han Suyin, par ailleurs grande amie de Zhou Enlai, ça aide pour comprendre.

 

Jean-Pierre Page

Rédacteur en chef de La Pensée libre

Note : 


[1] Dans les années 1950, au moment de la mise en valeur des cinq principes de la coexistence pacifique, Zhou Enlai visita l’Inde. Partout la foule l’acclamait en criant « Hindi-China Bhai, Bhai »  (Inde-Chine nous sommes frères) et également « Panchscheel Zindabad » (Vivent les cinq principes de la coexistence pacifique). Cité par Xi Jinping, à la Conférence du 60e anniversaire des cinq principes de la coexistence pacifique, 28 juin 2014.

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24 juillet 2026 5 24 /07 /juillet /2026 18:11

 

Pour comprendre le monde en train d’émerger il est indispensable de mesurer l’importance grandissante de la Chine et de l’Inde et de leurs capacités mutuelles à coopérer. Après être arrivé au bout de ce que la forme de matérialisme réducteur pouvait créer de dynamique et de progressisme au XXe siècle, on assiste partout au retour des fondements civilisationnels plus anciens et plus enracinés dans la durée des peuples et des États. Cela est en particulier observable en Chine, en Inde ou dans les sociétés musulmanes qui sont liées à ces deux pays. D’où l’importance pour un adepte d’une méthode matérialiste d’analyse, d’un niveau désormais supérieur et non réductrice cette fois, de prendre en compte l’héritage des pensées traditionnelles et fondatrices de la Chine et de l’Inde. Ce qui ne doit cependant pas nous empêcher de constater que le marxisme a creusé des sillons profonds en Chine et dans une moindre mesure en Inde, que la révolution chinoise a propulsé la société chinoise vers l’avant et la rupture avec les éléments devenus rétrogrades de son passé. En Inde aujourd’hui, c’est par contre grosso modo le contraire, pas de révolution sociale mais un repli vers un passé mythifié par un pouvoir dont l’origine est à l’extrême droite et la base sociale élitiste dans une société de castes. La Chine a donc une longueur d’avance sur l’Inde qui doit, après s’être éloignée du poids colonial, commencer à appréhender le monde tel qu’il est et élaborer une refonte de ses structures sociales aptes à mobiliser ses larges masses vers une dynamique de progrès.

Une fois toutes ces données successives formulées, cet article nous aide à saisir les soubassements de la compréhension traditionnelle du monde en Chine et en Inde ainsi que les potentiels qui s’ouvrent pour ces deux pays.

La Rédaction

 

 

Comparaison Inde-Chine :

 

Pourquoi un retard de l’Inde ?

-

Été 2026

 

Bertrand Joseph

 

I- Comparaison au niveau de la pensée philosophique :

 

       A- La pensée chinoise est plus structurée et pragmatique grâce essentiellement à la pensée confucéenne. Elle vise un ordre social stable, destiné à établir l’harmonie dans la société, dans un sens à la fois élitiste et démocratique, à travers les concours mandarinaux. Les devoirs et responsabilités sont réciproques. Cela l’a conduite à une forme de stagnation par l’assurance de la solidité de son socle culturel ultra perfectionné et à un désintérêt vis à vis de l’évolution du monde extérieur. Cette indifférence lui a valu son déclin sous les Qing. La Chine excelle traditionnellement dans la perception des flux énergétiques dans sa relation au monde extérieur, à condition de ne pas se fermer à celui-ci. Par ailleurs, sa vision cosmologique et la plupart de ses acquis religieux rejoignent ceux de l’Inde. La leçon spirituelle résumée de la Chine: l’homme est énergie et cette énergie, partie prenante du monde est agissante sur le monde. Elle ne peut se séparer des autres parties irriguées par la même énergie vitale.

 

       B- Hindouisme et bouddhisme ne s’intéressent pas à la société. Ils se contentent de dire qu’elle est le reflet des croyances illusoires des individus qui la composent.  L’axe d’action est donc individuel plutôt que collectif. Cependant, l’hindouisme a divisé la société en castes, - héritage probable de la culture aryenne - comme une représentation holographique du corps humain (la bouche pour les Brahmanes, les bras pour les Kshatriyas, les cuisses pour les Vaishyas et les pieds pour les Shudras ou intouchables). Avec donc une forme assurant la stabilité par son caractère héréditaire. Dans chaque caste, l’individu a ses objectifs et ses missions de vie bien précisés. Dans ce carcan extérieur à l’individu, s’exercent l’acceptation des différences de destinée et l’ascèse personnelle pour rompre la roue du karma.

       J’en conclus une contradiction selon laquelle :

 - les Indiens ont besoin de soumission à des contraintes extérieures pour exercer leur force, leur don d’introspection et de claire vision,

 - les Indiens se complaisent dans le chaos parce la dualité du monde extérieur étant illusoire, ils s’en détachent ou en jouent.

Les castes rappellent que, dans la division et la pseudo loterie de naissance (karma), se jouent une harmonisation des rôles de chacun. Mais au niveau planétaire, leur croisement avec la rationalité occidentale fait perdre la conscience de l’unité universelle et du rôle spécifique de chacun dans le Tout.

       L’hindouisme donne un enseignement merveilleux sur la connaissance subtile de soi et sur la réalité ultime, imperceptible à nos sens. La boxe indienne se fait en amenant au sol son adversaire dont le corps entièrement huilé est quasi insaisissable. Comme je le pressens, les individus glissent entre deux mondes, sans vouloir ni rejeter ni structurer leur chaos ambiant malgré leur intelligence. Aucun aspect de la dualité ne choque puisque le but final est de s’en abstraire plutôt que de lutter (idem pour les polarités chinoises à réguler plutôt que juguler). L’intégration de cette croyance rend redondant le pouvoir du choix. Sans l’exercice du choix, la pertinence reste de maintenir sa fluidité et son insaisissabilité (cf. rejoindre le flux taoïste).

       La leçon spirituelle hindouiste résumée :  on n’est pas un corps et un ego mais une âme incarnée qui apprend à vivre avec reconnaissance là où elle est placée, en acceptant tout ce qui est (cf. mon interrogation implicite par rapport à mon amie birmane hindoue/bouddhiste qui a su enlever la notion de sacrifice, d’exploitation et de souffrance de sa vie). Accepter d’être une goutte paisible au sein d’un océan en tempête, cela peut, à titre individuel, changer son environnement mais à quel terme, cela agira-t-il sur le monde et vers quelle destination ira celui-ci s’il reste déséquilibré dans ses polarités ? La mise en cause spirituelle de la matrice actuelle du monde exige un art d’équilibre entre un fatalisme passif qui serait une évasion et un positionnement actif de reconnaissance pour tous les défis présentés. L’Inde a tendance encore à pencher plus sur le fatalisme que sur la reconnaissance.

 

II- Observation des réalités politiques :

 

       A -Je crois que l’Inde est mieux dotée intellectuellement que la Chine pour servir de pont entre l’Est et l’Ouest, par sa culture anglophone, sa maîtrise du verbe et de la dialectique. Mais l’inconnue est comment apaisera-t-elle sa rivalité avec Pékin et avec le Pakistan - qui s’est allié au surplus avec la Chine et l’Iran-, alors qu’elle s’est déportée vers les Etats-Unis et Israël en cette période cruciale. Pour le moment, elle donne l’impression de flotter, d’autant que ce refus hindouiste d’entrer dans un des aspects de la dualité fait à la fois sa force diplomatique et la faiblesse de sa projection de puissance. Mais comme les Etats-Unis, elle sait ou pense qu’elle sera toujours la variable indispensable à tout équilibre politique international. Elle est donc à la fois indispensable et insaisissable pour un camp ou l’autre. Elle s’imagine une pionnière dans le domaine du multi-alignement. Non seulement celui-ci n’a fait encore l’objet d’aucune théorisation mais l’Inde est trop puissante pour être perçue comme véritablement neutre. Elle est à la fois en avance et en retard, sans ligne de conduite reconnaissable. Pendant ce temps, la Chine progresse comme un rouleau compresseur - néanmoins avec pragmatisme - avec des plans étudiés sur le long terme et un sens aigu de l’opportunité. La position de New Delhi est particulièrement inconfortable et dangereuse à un moment de re-formulation des équilibres mondiaux auxquelles elle ne semble pas contribuer, emprisonnée dans ses contradictions.

 

       B- La Chine s’en sort mieux parce qu’elle a toujours été convaincue de la solidité de sa culture, faite de souplesse d’absorption et de discipline morale collective. Elle a placé en outre différemment la question de la dualité dans un contexte de cycles temporels de haute et basse intensité pour chacun des aspects qu’elle revêt.  Elle a connu la traversée tumultueuse du maoïsme pour réussir son ultime œuvre d’absorption des acquis culturels de ses envahisseurs, sans renoncer à son identité et sa souveraineté. Celles-ci ne lui ont jamais échappé.

       Il ne s’agit plus pour elle d’absorber passivement la force de l’adversaire mais de rayonner. Elle accepte le risque d’être en position de bloquer les Etats-Unis. Mais son véritable alter ego est l’Inde. Les deux pays constateront beaucoup de points communs dès qu’ils échapperont à la rivalité. Pékin s’accorde avec New Delhi sur une vision à terme d’un multi-alignement généralisé et d’une neutralité idéologique favorisant la coopération. Elles partagent en outre un bassin géographique voisin et se veulent porteuses de propositions identiques: tiers-mondisme revu en multi-polarité, respect de la souveraineté nationale, bénéfices partagés, confiance mutuelle et relance du multilatéralisme comme cadre de régulation juridique. Inde et Chine sont enfin des puissances marchandes.  L’Inde est un grand marché, un géant informatique, un pays d’avenir.  Cependant l’Inde n’a en comparaison ni la polyvalence ni la volonté de projection militaire de la Chine. Les mêmes principes affichés par l’Inde pour attirer les pays de « l’Indo-pacifique » font redondance avec ceux de la Chine, plus rapide à propager son narratif.

       Pour le moment, il apparait que la Chine ne pourra ni absorber ni inclure sereinement l’Inde dans sa vision planétaire réactualisée (pour Taïwan, elle sait que c’est une question de temps). Je garde en mémoire la mise en garde de sinisants contre les Indiens, séducteurs, menteurs, qualifiés de plus dangereux et glissants qu’un serpent.

       La relation entre les deux pays, non manichéenne sur le fond, sera d’une subtilité qui pourra nous échapper.

 

       B- Un poids historique différent a fait diverger les destins de Pékin et New Delhi à partir du 19ème siècle. L’Inde a été colonisée pendant deux siècles par des maîtres de l’art de la division et de la perversion cognitive, se présentant comme la culture dominante, capable seule d’unifier linguistiquement et politiquement la fédération des États indiens. Elle a laissé derrière elle deux camps ennemis complexés, hindou et musulman, unis cependant par leurs coutumes et langue véhiculaire. L’Inde a été une démocratie exemplaire, s’exprimant dans le cadre conceptuel occidental, tant que l’ancienne aristocratie anglophile restait au pouvoir par népotisme. Elle a retrouvé ses démons et sa base originelle avec Modi, issu de la caste des artisans et marchands. Le chemin d’un Modi, sans vision apparente, est différent de celui d’un Mao Zedong unificateur. Populiste corrompu, ultra nationaliste hindou, ferment de conflit avec les musulmans, il s’appuie sur le boom technologique et industriel de la nouvelle oligarchie d’argent très liée à l’Amérique du Nord, à laquelle l’Inde fournit la majorité de ses ingénieurs. Mais les agriculteurs, le petit peuple et une partie des classes moyennes s’appauvrissent. Le pays se donne une nouvelle division sociale transversale, tout en gardant des préjugés de caste. Par son insensibilité aux disparités qu’il semble encourager, Modi entretient, peut-être volontairement, l’esprit d’indifférence au chaos - caractéristique de l’hindouisme - mâtiné de néolibéralisme économique et de matérialisme agressif.

       Je considère que Modi représente le 1er pas d’une Inde qui essaye de retrouver ses racines avec tous les excès et erreurs d’un néophyte. Il s’est libéré en tout cas de l’héritage culturel britannique et de son vernis démocratique. Mais il peine à mettre en harmonie l’héritage d’une civilisation plurimillénaire et du progrès. Il n’a ni cohérence nationale derrière lui, ni les caractéristiques personnelles d’un Xi Jinping, en termes de maturité, de recul et de placidité.

 

       C- Cela donne aux alliances de l’Inde un côté peu fiable que tous ressentent. Il est caractéristique de sa culture comme de celle du Pakistan. Les deux frères ennemis jouent en miroir des mêmes ambiguïtés et fluctuations en matière d’alliances. L’Inde est dans les BRICS, tout en restant dans le camp israélo-américain. Se pourrait-il qu’elle cherche à faire contrepoids au Pakistan, ami désormais de la Chine ?  Le Pakistan joue le jeu du renouveau du monde arabo-musulman avec la Chine, en sécurisant les voies de communications terrestres.  Il devient une puissance grandissante grâce à un nouvel arc continu de solidarité islamique. L’Inde se détourne de ses confins - où se joue l’alliance stratégique sino-pakistanaise - pour s’affirmer comme puissance maritime. Elle se veut au cœur du commerce maritime « indo-pacifique » par lequel transite 95% de ses échanges. Mais elle s’y heurte à la rivalité sino-américaine.

       Ainsi encerclée, l’Inde peine à se détacher de l’ombrelle occidentale. L’appétit à l’international de l’Inde s’est affirmé avec la mondialisation. Elle était plus à l’aise sous l’hégémonie des Etats-Unis qu’elle avait appris à gérer - en la contrebalançant de rapprochements opportunistes avec la Russie ou l’Europe - que face à l’émergence de la Chine. Entre elle, la Chine et les BRICS, Moscou joue un rôle pivot d’apaisement. Idem au rôle pivot de Moscou entre Europe et Etats-Unis, ce qui ne semble pas être compris par la crainte européenne de submersion par une puissance terrestre contigüe. Dans la triangulation entre les trois pôles (Moscou, Pékin, Washington), Inde et Europe se retrouvent sur la même inconfortable ligne de bascule. Cela n’a rien à voir spécifiquement avec les religions mais tout à voir avec la souplesse ou la rigidité que celles-ci octroient aux peuples en terme d’ouverture d’esprit.

 

Conclusion

       L’Inde semble en retard parce qu’elle ne sait ni affirmer son identité ni se battre avec les armes de la puissance. Elle reste une valeur émergente prisonnière du passé récent et de ses divisions internes.  Elle a été dotée d’un grand pouvoir d’influence comme modèle de démocratie et de non-alignement, ce qui lui a suffi longtemps. Son réveil en profondeur peine à cause du manque d’un catalyseur de fierté nationale, basé sur sa splendeur passée et sa capacité à épouser le double héritage hindou et musulman. Il lui faudrait un choc de réalité pour harmoniser la richesse de sa spiritualité à l’originalité de sa politique.

       Bien que terre par excellence de la spiritualité, l’Inde n’a pas une représentation négative du matérialisme. Son matérialisme, à l’instar de la Chine, est vu différemment qu’en Occident. Il n’est pas un socle de civilisation mais l’expérimentation d’un versant de la dualité, opposé à la spiritualité jusqu’ici trop fréquentée. Le succès matériel n’est une prison que tant qu’il est saisi par l’ego et détaché de la perception en miroir des mondes intérieurs et extérieurs. Les élites indiennes, pétries de mondialisation, sont imbues de pouvoir personnel comme partout ailleurs. Les peuples, pétris de traditions, sont protégés de l’oubli, même quand ils aspirent naturellement à la sécurité et au bien-être grâce au développement économique.

       Aujourd’hui, la Chine pourrait vouloir remplacer le Japon de 1936 dans son rêve pan-asiatique. Tokyo avait un but qui était de s’emparer de l’Asie et de prendre les rênes de la révolution anti-colonialiste. Mais un autre type de révolution est en cours. Nous assistons à un réveil de l’histoire et des civilisations plutôt qu’à leur fin. Que pourrait-il se passer ?

 

       J’imagine deux scenarii:

       A- J’imagine le choc de sortie du tropisme occidental de l’Inde. J’imagine la force colossale qui se dégagerait si Chine, Inde et Pakistan s’alliaient. Dans la matrice yin, la Chine représente une tendance plus dynamique, plus yang que l’Inde. Son vocabulaire, plus dogmatique que sa conduite, la dessert. Elle est à l’avant-garde pour porter, avec la Russie, le 1er choc aux Etats-Unis. Par contre, si l’Inde se réveillait, elle pourrait unifier la zone euro-asiatique, avec une diplomatie toute en nuances. Dans le sillage de la Chine, elle appuierait, de façon plus chaleureuse, le rêve planétaire d’une notion nouvelle de puissance morale, souverainiste, détachée du besoin de domination par la force. Elle pourrait être acceptée comme un pont naturel entre Asie du Sud, Asie centrale et Asie occidentale, à un moment où le monde musulman s’émancipe de l’Occident et tente de reconstruire une unité sous l’influence des anciens empires perse et turc.

       B- Ou alors nous nous précipitons vers un chaos mondial où l’Inde règnerait en agent déstabilisateur permanent - comme la Turquie en quelque sorte - jusqu’à la capitulation générale des différents antagonistes, par épuisement des combattants.    

       L’Inde, indomptable une fois libérée du tropisme anglo-saxon, est le meilleur porte-parole de l’esprit diplomatique asiatique et le meilleur contrepoids à la puissance chinoise. Elle est le second couteau indispensable, en réserve du changement d’ordre mondial dans les zones géographiques qui nous intéressent.

 

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13 juillet 2026 1 13 /07 /juillet /2026 08:45

Ce texte a été produit pour les estivales de l’Union pour la Reconstruction communiste (URC) dans la perspective de nourrir la réflexion des militants sur l’impérialisme et le moyen de contrer la logique menant vers la guerre mondiale qu’il porte. Cette logique est observable si on établit les liens entre les différents conflits et zones de tension dans le monde, ce qui démontre qu’il n’y a en fait qu’un seul et même conflit entre le bloc impérialiste central et le « reste du monde ».

La Rédaction

 

 

Ukraine, Palestine, Iran, Venezuela, Cuba, etc, etc, etc.

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Une soixantaine de tensions, conflits, blocus et ingérences,

Mais une seule et même guerre

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Juillet 2026

 

Bruno Drweski

 

                  La multiplication de conflits dans le monde depuis la fin du camp socialiste est un fait qui démontre que, quand il n’est pas contré par un camp de la paix, « le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage » (Jean Jaurès). Ce qui explique pourquoi le bloc impérialiste central qui s’est cru victorieux en 1989/91 exporte conflits, guerres, blocus, sanctions, ingérences, « révolutions colorées », etc. dans tous les pays occupant une position clef pour la production ou l’acheminement des matières premières stratégiques et de l’énergie, ou qui, comme Cuba, montrent qu’on peut être souverain et inventer son propre modèle politique et social indépendant. Cette politique d’agression peut concerner n’importe quel pays et n’importe quel régime politique, de la Corée du nord à l’Iran, du Burkina Faso à Cuba, du Venezuela au Yémen d’Ansarullah, etc. La littérature ou les vidéos sur ce sujet sont nombreuses mais, malheureusement pour nous, elles sont très majoritairement produites par des médias utilisant la langue de l’impérialisme, l’anglais, et je résumerai donc ici les informations essentielles que l’on peut trouver sur le sujet en donnant à la fin des sources, dans la mesure du possible en français, mais en mentionnant aussi des sources dans d’autres langues pour tout lecteur souhaitant se documenter plus en détail.

                  Si l’on se réfère aux sites des milieux néoconservateurs des Etats-Unis depuis les années 1980 et en particulier aux écrits de Zbigniew Brzezinski, on peut lister les pays qui étaient à l’époque déjà dans le viseur du bloc impérialiste central formé autour des Etats-Unis et qui se sont tous retrouvés depuis attaqués sous une forme ou sous une autre : Cuba, Corée du nord, Yougoslavie, Irak, Ukraine, Libye, Syrie, Soudan, Iran. A quoi se sont ajoutés le Venezuela, le Nicaragua, la Biélorussie et beaucoup d’autres pays, en particulier en Afrique, et qui avaient entretemps démontré leurs désirs de faire des choix politiques, économiques, systémiques souverains.

                  Si l’on regarde la carte de ces interventions et celle de l’extension des bases militaires USA & pays de l’OTAN dans le monde, nous constatons aussi qu’il s’agit d’entourer deux grandes puissances dites « émergentes », la Chine et la Russie. On voit ici que le bloc impérialiste central ne tolère bien entendu pas les pays possédant un régime socialiste (Cuba), qu’il ne tolère pas non plus les pays ayant un régime politique issu d’une révolution populaire (Iran),  mais qu’il ne tolère également pas des pays ayant opté, au moins au départ, pour le capitalisme et la démocratie libérale si ce pays mène une politique de développement économique autonome s’appuyant sur un État réellement indépendant ou démontrant même seulement des velléités d’indépendance (Russie poutinienne).

                  Du coup, la question de savoir si les « puissances émergentes » dans le monde actuel sont ou pas impérialistes est tout à fait secondaire dans ce contexte car, en l’état, il règne une totale inégalité entre l’impérialisme du bloc central qui concentre environ 80% des dépenses militaires de la planète et gère plus de 800 bases militaires d’occupation à travers le monde face à des pays plus ou moins puissants mais sans stratégie militaire expansionniste planétaire conséquente et sans politiques d’ingérence dans les affaires intérieures des autres États. Ce qui explique pourquoi les peuples à la recherche de voies de développement autonomes pour leur pays sont enclins à coopérer avec ces puissances émergentes jugées « contre-hégémoniques » car cela leur permet de s’éloigner du diktat du bloc impérialiste centré autour des Etats-Unis, de l’OTAN, des puissances de l’UE, des pays de l’AUKUS, du Japon et, last but not least, de l’entité coloniale sioniste dénommée « Israël ». Et c’est ce qui nous amène à commencer ici par mentionner la contradiction centrale opposant l’impérialisme au « reste du monde » et que nous n’avons pas encore mentionnée, la Palestine, alors même que c’est largement à partir de cette contradiction que s’expliquent tous les autres foyers de guerre et de tensions dans le monde.

 

Palestine

                  L’Asie occidentale, plus connue encore aujourd’hui sous son appellation coloniale de Moyen-Orient, produit une grande partie des ressources énergétiques de la planète et c’est aussi un lieu central pour la production des engrais nécessaires pour la production agricole mondiale et le lieu de transit, par le fameux détroit d’Ormuz, de la grande majorité des câbles pour les communications internet et, par la mer rouge, des navires reliant l’Atlantique nord à l’océan Indien, à la mer de Chine et à l’océan Pacifique.

                  Même si le Royaume-Uni a réussi à créer dans cette région un chapelet de monarchies artificielles aux ordres de l’impérialisme, l’Asie occidentale est trop importante stratégiquement pour éviter d’avoir une colonie de peuplement et une base militaire solide pour surveiller toute la région située entre le Nil et l’Euphrate, ce que l’on appelle désormais ouvertement à Tel Aviv mais aussi à l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem « le grand Israël ». Ce qui explique pourquoi aucune puissance occidentale n’a jamais pu durablement se permettre de cesser d’aider l’entité sioniste à se solidifier et à s’étendre, et que jamais aucune de ces puissances n’a réellement envisagé d’accorder aux Palestiniens un minimum de sécurité et d’espoirs. L’objectif reste toujours le même depuis 1948 et le début du mouvement sioniste, pousser les autochtones au désespoir pour les amener à quitter leur patrie et cesser la résistance. Les Palestiniens depuis 1948 ont tout essayé pour récupérer leur pays ou au moins, pour les plus modérés d’entre eux, négocier un compromis vivable : appui aux armées des États arabes voisins, diplomatie auprès de ces États voisins, interventions diplomatiques auprès des grandes puissances occidentales, lutte armée sur la ligne de front israélo-arabe, lutte armée à l’intérieur du pays occupé, actions armées dans les pays impérialistes, projet d’un État commun laïc et démocratique binational, négociations de paix, acceptation d’un compromis territorial pour la création de deux États et qui leur était largement défavorable, mouvements de libération nationale de tendances démocratique laïque, marxiste ou islamiste, etc. Tout a été tenté sans succès, et à chaque fois le chantage, la pression, la répression et aujourd’hui le génocide ouvertement revendiqué ont été la réponse non pas seulement de tous les potentats successifs au pouvoir à Tel Aviv mais de leurs fournisseurs occidentaux qui ne peuvent plus cacher que, sans leur aide, les armées sionistes n’auraient pas tenu, ce que la récente guerre avec l’Iran a fait ressortir avec une plus grande clarté encore.

                  Il n’y a donc plus à tergiverser, les peuples du monde ont compris depuis le 7 octobre 2023 que les Palestiniens ne baisseraient jamais pavillon et que le plan de leur adversaire d’éliminer par l’expulsion ou l’extermination ne date pas de ce 7 octobre là, mais a simplement connu alors une accélération bénéficiant de l’aval des puissances du bloc impérialiste central en même temps que, pour la première fois depuis 1948, l’ensemble des peuples du monde, y compris en Europe et en Amérique du nord, a compris que la lutte pour la Palestine est devenue le symbole de toutes les luttes des peuples du monde pour la justice universelle, et que la défaite de la Palestine serait la défaite de toutes les aspirations à vivre dans un monde de paix, de sécurité et de droit au développement. La Palestine est donc le baromètre du monde, et le degré d’appui à cette cause permet de départager les pays et les partis pro-impérialistes des pays et partis opportunistes ou des partis et pays résistants.

                  Chronologiquement, il aurait fallu commencer par l’Ukraine si c’était la date du 7 octobre 2023 qui signalait le début d’une situation conflictuelle internationale aiguë mais comme nous l’avons vu, le 7 octobre, aussi spectaculaire fut-il, n’est que le dernier épisode d’une guerre d’agression commencée en 1948 avec la création d’une entité coloniale au mépris du droit à l’autodétermination de la population de la Palestine. Et donc le conflit ukrainien qui a commencé en principe en février 2022, mais dans les faits dès 2014 et même avant, n’est qu’un conflit subsidiaire dans le rapport de force international par rapport au conflit central qui se déroule en Palestine et autour de la Palestine (Liban, Iran, Yémen, Irak, Syrie, Libye, etc.).

 

Ukraine

                  Zbigniew Brzezinski dans « Le grand échiquier » avait perçu que l’Ukraine constituait le territoire à partir duquel on pouvait empêcher la renaissance d’une puissance russe autonome et même qu’elle constituait la pointe avancée qui pourrait permettre d’affaiblir à ce point la Russie pour la casser en plusieurs États selon la vieille tradition impériale du « diviser pour régner » que les colonialistes avaient déjà appliqué avec succès dans le monde arabe (États monarchiques de pacotille), dans le sous-continent indien (cassure Inde-Pakistan) et en Afrique (morcellement colonial), etc. Comme l’a reconnu elle-même Victoria Nuland, les USA ont dépensé 20 milliards de dollars pour aboutir finalement au putsch de 2014 en Ukraine qui a permis aux oligarques liés aux centres financiers occidentaux de prendre le pouvoir avec l’appui de militants néo-nazis qui ont pris le contrôle des postes clefs du pays, armée, sécurité, justice, enseignement. Le néofascisme à notre étape de l’histoire n’a donc plus toujours besoin de créer un État totalitaire avec parti unique, mobilisation et terreur de masse, il suffit de créer à la base un sentiment dominant profasciste capable d’intimider les forces d’opposition et de contrôler simultanément toutes les fonctions clés d’un État. C’est cela le néofascisme à notre étape de l’histoire, un mix de fascisme pur et dur et d’apparences démocratiques permettant de diluer une partie des forces sociales anti-systémiques. Et c’est cette dynamique-là qui a provoqué en 2014 des révoltes dans une grande partie de l’Ukraine et qui ont été maîtrisées par la terreur et le lancement d’une guerre civile à laquelle la Russie n’a pas osé répondre, hormis en Crimée où l’autonomie régionale de cette région a permis aux autorités locales de maîtriser les forces militaires et de police ukrainiennes locales pour proclamer son rattachement à la Russie. Dans cette situation, les nouvelles autorités de Kiev ont pu éliminer par le sang le mouvement de contestation à Odessa mais n’ont pas pu reprendre le contrôle de tout le Donbass, ce qui a poussé les gouvernements occidentaux à chercher un compromis provisoire avec Moscou pour permettre à Kiev de prendre le temps de se renforcer, pour pouvoir ensuite repartir à l’offensive. Ce scénario machiavélique a abouti aux accords de Minsk I et II que, on le sait aujourd’hui grâce aux révélations de Merkel et de Hollande, les puissances occidentales n’avaient dès le début pas l’intention de respecter.

                  En février 2022, les forces ukrainiennes étaient prêtes à lancer l’offensive pour la conquête du Donbass, et Moscou a alors décidé de prendre l’initiative militaire pour forcer Kiev à accepter la réalisation des accords de Minsk, à renoncer à rejoindre l’OTAN et à purger son administration des militants nazis incrustés en son sein. Kiev s’est vue forcée au départ d’accepter ces conditions lors des négociations d’Istanbul d’avril 2022, mais c’est l’intervention du Royaume-Uni qui a poussé les dirigeants de Kiev à rompre l’accord préliminaire déjà conclu pour reprendre une guerre visant à épuiser dans la durée l’économie russe et à gêner la Russie dans toutes ses capacités d’action internationale ailleurs dans le monde (Afrique, Syrie, Iran, Palestine, etc.).  Depuis, la guerre se poursuit et on voit bien que la Russie est aujourd’hui divisée au sommet entre une tendance de sa bourgeoisie compradore visant à restaurer coûte que coûte ses liens avec les puissances financières et économiques occidentales et une tendance de sa bourgeoisie nationale plus souverainiste mais qui reste hésitante à mener une politique de rupture totale avec l’économie mondialisée centrée sur les bourses de New York, de Londres, de Tokyo et de Francfort. Cette bourgeoisie patriotique russe là subit la pression des forces populaires qui souhaiteraient profiter de la situation de guerre pour débarrasser le pays des oligarques qui dominent encore des pans entiers de l’économie grâce à des biens mal acquis lors de la privatisation sauvage des années 1990. Il y a donc dans la guerre Russie-Ukraine/OTAN aussi un conflit intérieur intra-russe entre forces tendant vers l’anti-impérialisme et forces prêtes à rééditer le compromis tenté dans les années 1990. Les communistes russes, mais aussi une partie des forces « étatistes », poussent vers la constitution d’un « bloc eurasiatique » opposé au bloc occidental mais ils se heurtent en particulier à la puissante banque centrale russe toujours acquise aux principes néolibéraux et mondialistes.

 

Iran

                  L’Iran est dans une situation plus claire car il subit un siège depuis sa révolution de 1979. Le fait que cette révolution ai vite pris un tournant « islamiste » contribue à troubler beaucoup de communistes habitués, depuis 1917, à l’idée qu’une révolution ne peut se faire que sous la bannière du socialisme et en oubliant que, juste avant, les révolutions mexicaine de 1910 et chinoise de 1911 se sont faites sous la bannière de la libération nationale et de la république, sans références directes au socialisme. Quoiqu’on pense de la révolution iranienne, de son déroulement et de l’islam, on doit comprendre qu’on a eu affaire à un mouvement de libération nationale populaire qui a vu dans l’islam un outil d’affirmation d’un projet social émancipateur, au moment où la crise du marxisme dans le monde commençait à être visible et où l’échec de la tentative d’émancipation laïque sous Mossadegh en 1951-52 avait laissé les forces laïques et socialistes de ce pays dans un état d’affaiblissement et de crise qui a profité aux révolutionnaires islamiques. Quoiqu’il en soit, l’Iran a incontestablement constitué depuis 1979 une base arrière pour les mouvements de libération nationale d’Asie occidentale et en particulier pour le mouvement de résistance palestinien, et c’est la raison pour laquelle l’impérialisme ne s’est pas trompé d’adversaire tout au long de ces années en alternant blocus mortifère, agressions militaires directes et indirectes et pressions diplomatiques. La récente guerre d’agression menée à partir de Washington et de Tel Aviv a démontré la grande capacité de mobilisation et de résistance de la société iranienne, malgré les divergences internes sur la nature du régime de la république islamique au pouvoir.

                  L’Iran a donc gagné militairement et s’est imposé comme une puissance régionale montante auprès de l’opinion mondiale, des puissances impérialistes et des autres puissances émergentes. Aujourd’hui, on constate que Téhéran est engagé dans un difficile processus de négociations qui éveille de l’espoir dans les cercles du pouvoir qui croient possible la conclusion d’un compromis avantageux avec les puissances impérialistes et les cercles toujours fidèles à une option révolutionnaire qui ne pensent pas que la guerre est terminée et qui pensent que l’Iran doit obtenir la fermeture des bases militaires US dans la région, la conclusion d’accords régionaux de sécurité collective, la fin de l’occupation du Liban et la relance de la lutte pour les droits du peuple palestinien. Les récentes manifestations de rue suite à la conclusion du mémorandum USA-Iran et le récent vote du Conseil des experts de la République islamique poussant à la fermeté les négociateurs iraniens témoigne que les divisions de la société iranienne ne portent plus tant sur les divergences entre les partisans et les opposants au régime politique actuel, mais entre les partisans d’une politique de fermeté envers les Etats-Unis et l’entité régionale sioniste face à ceux qui croient dans la possibilité de conclure un compromis qui ouvrirait l’économie iranienne à une coopération « fructueuse » avec les centres financiers occidentaux. On voit donc, objectivement, réémerger en Iran une logique de lutte des classes puisque des milieux populaires a priori opposés au système de la république islamique se retrouvent dans le même camp que ceux que les médias occidentaux appellent « les durs du régime » face à des opposants libéraux qui se retrouvent dans la même orientation que les diplomates et technocrates tentés par une « normalisation » des rapports Iran-Occident qu’ils jugent possibles grâce à la récente victoire de l’Iran qui a rétabli des rapports de force en principe plus équilibrés. Et d’aucuns pensent que c’est aussi dans cette direction que tend la Maison blanche une fois l’incapacité des opposants au régime islamique à le renverser démontrée. Ce qu’on appelle à Washington « un scénario à la vénézuélienne ».

 

Cuba

                  Cuba constitue depuis 1961 la cible continue du régime de Washington, non pas tant à cause de la puissance de ce petit pays ou de ses richesses naturelles mais en raison du fait qu’il démontre qu’un petit peuple situé dans le voisinage immédiat de l’hyper puissance peut choisir avec succès ses propres voies de développement. Succès évident dans le domaine de l’éducation, de la science et de la santé, et qu’il faut donc littéralement l’asphyxier pour empêcher les peuples du monde de savoir que même un petit pays pauvre peut accéder au développement s’il en prend les moyens. Cuba a donc été victime de toutes sortes d’agressions militaires ou autres depuis sa révolution mais elle continue à tenir, ce qui explique les récentes décisions prises par la Maison blanche d’asphyxier totalement l’île rebelle. Ces décisions visent aussi à démontrer au monde l’état des rapports de force internationaux, la veulerie des puissances secondaires du bloc impérialiste et les hésitations des pays indépendants n’osant pas, pour certains, ne pouvant pas pour d’autres, affronter directement l’impérialisme US. Le pays est donc sous blocus et aucune puissance n’a osé imposer sa rupture en forçant le passage pour permettre son approvisionnement régulier en pétrole et autres marchandises indispensables pour assurer la survie des Cubains. Malgré cela, Cuba résiste et son peuple a découvert que le but de Washington n’était pas seulement un changement de régime mais visait à terroriser sa population car, quand des enfants ou des malades ou des vieillards meurent parce que les Etats-Unis empêchent la fourniture de pièces détachées pour la production de médicaments essentiels, ce n’est pas une guerre contre un régime politique qui est menée mais bien la guerre contre un peuple entier qui a osé vivre et se développer autrement que selon les règles définies à Washington.

 

Venezuela

                  Aborder la question du Venezuela, en particulier depuis l’agression de janvier 2026 provoque des questionnements légitimes. En effet, il faut prendre acte du fait que si les autorités de Caracas ont maintenu la légalité révolutionnaire, continuent à reconnaître que le président légal du pays a été kidnappé et que les institutions populaires, en particulier les « comunas » et les milices populaires, continuent à faire fonctionner le pays face à des oppositions de droite désormais délégitimées au point d’être ignorées même de leur maître à Washington, le pays a été pris en otage. Il est sous siège maritime de l’US Navy et aucun bateau ou avion ne peut entrer ou sortir du pays dans l’accord de Washington, alors que les voisins brésilien et sans doute bientôt colombien ne font rien pour alléger ce siège. Toutes les exportations vénézuéliennes se font sous tutelle de Washington et c’est elle qui permet ou pas aux bénéfices de ces ventes d’arriver à Caracas et d’être ré-investis ou redistribués sur place. C’est aussi Washington qui décide si les pièces nécessaires à la reconstruction des raffineries ou des chantiers pétrolières vénézuélien exsangues après des années de sanctions arrivent ou pas. Le pays est donc pris en otage et doit négocier systématiquement avec son ennemi et occupant de fait chaque décision stratégique. Dans ce contexte, certains révolutionnaires estiment qu’il faut gagner du temps en préservant le maximum d’acquis de la révolution bolivarienne tandis que d’autres estiment que l’on a affaire à une trahison de fait, volontaire pour certains ou non pour d’autres. Constatons toutefois que, comme dans le cas de Cuba, aucune puissance extérieure n’a tenté ou même promis d’apporter son soutien depuis janvier 2026 à une tentative d’émancipation du Venezuela. Comme pour l’Iran ou pour Cuba, et quoiqu’on puisse penser des puissances contre-hégémoniques, le rapport de force international montre que si, sur le long terme, le bloc central impérialiste est clairement en voie d’affaiblissement et de désagrégation, sur le court terme il reste en état de faire des ravages et de pratiquer un chantage efficace à la planète entière.

 

La liste interminable des conflits dans le monde

                  On devrait continuer à égrener ici et à analyser tous les autres conflits, blocus ou ingérences dans leurs différentes formes qui se déroulent en ce moment dans le monde entier (Nicaragua, Bolivie, Pérou, Colombie, Sahel, Somalie, Soudan, RD Congo, Albanie, Sahara occidental, Libye, Syrie, Yémen, Zimbabwe, Biélorussie, Philippines, Taïwan, etc.) et qui font tous partie d’une seule et même guerre de défense de la position hégémonique du bloc impérialiste central face à la montée des luttes populaires, des luttes de libération nationale, de l’émergence d’États menant une politique de souveraineté et de développement avec la montée de puissances contre-hégémoniques diverses et variées avec des regroupements d’États prenant différentes formes (BRICS, OCS, OTSC, ASEAN, UA, Mouvement des États non-alignés, etc.) mais qui témoignent toutes qu’un « nouveau jeu » émerge. « Jeu » dans lequel les peuples et les travailleurs jouent un rôle d’aiguillon même si les forces authentiquement révolutionnaires restent dans l’ensemble encore affaiblies et dispersées face à des pôles de contre-pouvoir qui font montre incontestablement de comportements opportunistes, hésitants, changeants, en fonction de l’évolution des rapports de force intérieurs et extérieurs. C’est donc dans ce contexte qu’il faut que les forces de reconstruction communiste dans chaque pays et internationalement se concertent pour favoriser la reconstruction d’un mouvement révolutionnaire international dans lequel les communistes doivent jouer un rôle original et à terme moteur mais sans négliger l’importance de conclure des alliances avec toutes les forces anti-impérialistes de différentes obédiences idéologiques.

 

France

                  Dans ce contexte qu’en est-il de la France ? La France en raison de son passé, de sa puissance militaire conservée, de son complexe militaro-industriel largement privé et de ses compagnies transnationales reste un pays impérialiste. Un impérialisme affaibli comme c’est d’ailleurs visiblement le cas depuis 1940, mais un impérialisme qui est tenté de se placer sous les ailes protectrices d’un impérialisme plus fort, le Reich allemand sous Vichy puis l’impérialisme US depuis 1943-44, le but étant de protéger son pré-carré colonial et néocolonial. Mais aussi pour apparaître utile voire indispensable à son « protecteur, » ce que le dernier sommet franco-africain « déporté » au Kenya, en Afrique post-coloniale britannique donc, prouve. Car le Kenya, ce n’est pas seulement une « autre Afrique » pour la France néocoloniale après ses déboires en Algérie, dans le Sahel ou en Centrafrique, le Kenya c’est l’océan indien, et donc les bases françaises offertes à la coopération avec le projet de Washington sur « l’Indo-pacifique ». Le Kenya c’est donc pour Paris « l’atout » à présenter à Washington et Bruxelles de posséder des bases utilisables et donc négociables sur l’axe Mayotte, Djibouti, îles éparses, Réunion, Kanaky, Wallis et Foutouna, Polynésie française, île Clipperton. Ce qui nous ramène aussi à l’océan indien et donc au détroit d’Ormuz et à la mer Rouge, et donc à la Palestine, comme cela nous ramène à la présence française au large des Philippines et en mer de Chine, face à la Chine et à sa province de Taïwan.

                  L’impérialisme français est donc peut-être un sous-impérialisme mais il n’est pas une colonie de Washington aussi humiliante soit parfois pour l’ego national français la façon dont la Maison blanche traite le locataire de l’Élysée ou n’importe quel autre « leader » français. Donc, si les communistes pourraient éventuellement envisager de brandir le drapeau tricolore ils devraient d’abord y placer en position visible le bonnet phrygien de la révolution et la faucille et le marteau du mouvement des travailleurs, comme symboles indispensables permettant de se démarquer sur une base révolutionnaire, internationaliste, patriotique et anti-impérialiste des (néo)-colonialistes et des fascistes français qui dominent toujours la vie politique de notre pays et utilisent leur drapeau « national » pour promouvoir les intérêts de nos ennemis.

 

Sources utiles (Ouvrages, vidéos, articles) :

Ouvrages : Impérialisme US, Ukraine, Iran, Russie, Chine :

  • Saïd Bouamama, Le Manuel Stratėgique de l’Afrique (tomes 1 et 2), Investig’Action, 2018
  • Saïd Bouamama, Manuel sur l’Immigration. Les déracinés du capital,  Éditeur Investig’Action novembre 2021
  • Saïd Bouamama, Manuel stratégique de la Palestine et du Moyen-Orient, Éditeur Investig’Action  août 2024
  • Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, Format : Poche, 1997 (date de l’édition américaine)
  • Michel Collon, Ukraine – La guerre des images – 50 exemples de désinformation, Investig’action, 2023
  • Bruno Drweski, La nouvelle Russie est-elle de droite ou de gauche ?, Delga, 2016
  • Bruno Drweski, Socialisme réel 1.0- Un bilan globalement positif, Delga, 2023
  • Ivan Katchanovski, Marta Havryshko, et al., Le massacre du Maidan en Ukraine: La tuerie de masse qui changea le monde, Jacques Sapir (Préfacier, etc.), 492 pages 01/12/2025, Perspectives Libres ADARL 
  • Ivan Katchanovski,

The Russia-Ukraine War and Its Origins: From the Maidan to the Ukraine War

Édition en Anglais ; Book Open Access© 2026

 

  • Ramin Mazaheri, Socialism’s Ignored Success : Iranian Islamic Socialism, Badak Merah Semesta, Columbia, 2020

 

  • Domenico Moro, Le groupe Bilderberg - « l’élite » du pouvoir mondial, Delga, 2015

 

  • URC – Section Ile de France, De Bandung au Sud Global – Décolonisation et anti-impérialisme pour un nouveau monde, novembre 2025

 

  • Maxime Vivas, Jean-Pierre P age, Aymeric Monville : Chine / USA : La guerre imminente ? Delga, 2023

 

  • Maxime Vivas, Jean-Pierre P age, Aymeric Monville : La Russie sans œillères – Du conflit en Ukraine au tournant géopolitique mondial, Delga, 2022

 

Vidéos : Iran, Chine, Venezuela :

  • Ali Alizadeh, on the frictions within Iran's decision-makers :

< https://www.youtube.com/watch?v=BYl4sOhrWqM >

 

 

 

 

 

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31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 20:26

Le traitement par les dirigeants et les médias des puissances impérialistes des victimes des guerres et des répressions dans le monde apparait souvent biaisé selon l’origine de ces victimes. L’actuelle attaque du Liban par l’armée sioniste ne fait pas exception si l’on compare les réactions virulentes face aux violences subies par les membres de la flottille voguant en direction de Gaza et dont les membres ont été kidnappés puis torturés par les autorités de Tel Aviv avec les réactions face aux crimes commis simultanément et quotidiennement contre les populations civiles libanaises. Cette comparaison devrait nous éclairer sur la survie encore aujourd’hui d’un inpensé colonial qui ne voit pas les êtres humains comme totalement égaux selon qu’ils viennent de pays de l’Ouest ou de pays du Sud. Ce qui peut contribuer à expliquer aussi pourquoi les puissances impérialistes font finalement si peu pour arrêter le génocide visant les Palestiniens, les Libanais ou d’autres peuples issus du monde post (?) colonial.

La Rédaction

 

 

Deux poids, deux mesures ?

La presse occidentale face à la flottille Sumud

et aux villages libanais

-

Mai 2026

 

Odette Auzende, Bruno Drweski

 

 

La flottille de la Liberté

La Coalition internationale de « la flottille de la Liberté » a été créée en 2010 pour tenter de briser le blocus de la bande de Gaza et d'y apporter une aide humanitaire. Elle réunit des militants de nombreux pays occidentaux.

La « flottille pour Gaza », ou « flottille Global Sumud », initiative internationale de militants de la société civile lancée en 2025 par une coalition d'organisations engagées pour la Palestine, est maintenant la troisième tentative en un an de briser le blocus naval de la bande de Gaza, d'acheminer de l'aide humanitaire et d'attirer l'attention sur la situation dramatique de la population de l'enclave assiégée. Partie du port turc de Marmaris, la flottille a été interceptée en ce mois de mai 2026 au large de Chypre, en zone internationale, par la marine israélienne.

 https://www.lefigaro.fr/international/les-430-membres-de-la-nouvelle-flottille-pour-gaza-ont-ete-transferes-en-israel-20260520 : « L'occupation israélienne a une nouvelle fois intercepté illégalement et violemment notre flottille internationale de navires humanitaires et enlevé nos volontaires ». Le Figaro a exigé « la libération rapide des militants et la fin du blocus de Gaza ».

Les 430 membres de la flottille ont été convoyés vers Israël. Emprisonnés dans le sud du pays, ces militants ont subi de graves sévices, dévoilés par le ministre israélien de la Sécurité nationale lui-même. En effet, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, a posté le 20 mai une vidéo de militants de la "flottille pour Gaza" agenouillés et mains liées. "Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", dit le ministre sur ces images publiées sur sa chaîne Telegram, avec pour fond sonore l’hymne national israélien et qui montrent des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres.

 "Monstrueux, inhumain, inacceptable"… La diffusion de cette vidéo a provoqué une vague d’indignation dans de nombreux pays occidentaux. Plusieurs pays européens ont convoqué les ambassadeurs israéliens pour dénoncer un traitement jugé indigne.

https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/flottille-pour-gaza-inadmissible-mentalite-barbare-les-dirigeants-europeens-haussent-le-ton-apres-les-images-de-militants-agenouilles-et-humilies-diffusees-par-israel/

Les premières réactions ne se sont pas fait attendre. Mercredi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, "a annoncé une première décision" [Libération]. "Les agissements de M. Ben Gvir à l'égard des passagers de la flottille Global Sumud, dénoncés par ses propres collègues au gouvernement israélien, sont inadmissibles", a-t-il fait savoir sur X, réclamant dans le même message "que l'ambassadeur d'Israël en France soit convoqué pour obtenir des explications". "La Belgique, l'Espagne, les Pays-Bas et l'Italie" ont pris la même décision [Le Monde], cette dernière ayant demandé à l'UE, par la voix de son ministre des Affaires étrangères le 21 mai, "d'imposer des sanctions au ministre israélien d'extrême droite" [Le Figaro]. "L'Irlande et l'Espagne font également pression" dans ce sens, selon Euronews. La colère ne se limite pas aux États de l'UE. "La Turquie, d'où était partie la flottille, s'est montrée la plus virulente en dénonçant la 'mentalité barbare' du gouvernement israélien", observe Le Monde, qui se fait également l'écho de l'indignation exprimée par "Berlin [et] Dublin". "'Nul ne devrait être sanctionné' pour sa défense des droits humains, a écrit, de son côté, sur X la commissaire européenne Hadja Lahbib, responsable de l'UE pour les situations de crise humanitaire, en relayant les images".

Si des militants "de plus de 40 pays se trouvaient à bord" du navire [BBC], les ressortissants européens y étaient nombreux. La radio britannique mentionne, outre les 37 Français et sur la base des chiffres communiqués par les pays concernés, "quelque 44 membres espagnols et 15 citoyens irlandais", tandis que Le Monde indique un total de "19 Grecs détenus lors de l'opération". Le chef de la diplomatie grecque, Giorgos Gerapetritis, a d'ailleurs annoncé dans un communiqué avoir déposé "une protestation officielle".

Une situation qui a provoqué des remous "jusqu'au gouvernement israélien" [Le Monde]. "Le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a ainsi jugé que de telles images n'étaient 'pas conformes avec les valeurs d'Israël'", appelant toutefois "à expulser les militants dès que possible". Hier, "le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré que les militants étrangers de la flottille arrêtés par les forces israéliennes avaient été expulsés [vers la Turquie], alors que la communauté internationale continue de dénoncer leur traitement par les autorités", note Euronews. "Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés par ces vols, mis à disposition par les autorités turques, et pris en charge à leur arrivée à Istanbul par l'ambassade de France pour un rapatriement dès que possible" [Le Monde].

https://www.lindependant.fr/2026/05/20/militants-de-la-flottille-pour-gaza-agenouilles-et-ligotes-monstrueux-inhumain-inacceptable-vague-dindignation-apres-la-video-choquante-dun-ministre-13380723.php

Le gouvernement italien a jugé "inadmissible" le traitement réservé aux activistes par les autorités israéliennes. "Les images du ministre israélien Ben Gvir sont inacceptables. Il est inadmissible que ces manifestants, parmi lesquels de nombreux citoyens italiens, soient soumis à un traitement attentatoire à la dignité de la personne", a écrit la Première ministre italienne Giorgia Meloni sur X, indiquant que l’ambassadeur israélien sera convoqué "pour demander des explications formelles".

Moins diffusée à l’Ouest, à la différence des médias turcs, la réaction immédiate du ministre polonais des affaires étrangères :

https://www.turkiyetoday.com/world/poland-summons-israeli-envoy-to-convey-outrage-over-flotilla-activists-3220386

« Polish Foreign Minister Radoslaw Sikorski said he had ordered the Israeli envoy to be summoned immediately after Ben-Gvir posted a video showing himself taunting detained pro-Palestinian activists. I have instructed that Israel’s charge d’affaires in Warsaw be summoned immediately to convey our outrage and to demand an apology for the extremely inappropriate conduct of a member of the Israeli government,” Sikorski said on the U.S. social media platform X. »

[Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a déclaré avoir ordonné la convocation immédiate du chargé d’affaires d’Israël à Varsovie après la publication par Ben-Gvir d'une vidéo le montrant en train de narguer des militants pro-palestiniens détenus. « J'ai donné instruction de convoquer immédiatement le chargé d'affaires d'Israël à Varsovie afin de lui faire part de notre indignation et d'exiger des excuses pour la conduite extrêmement inappropriée d'un membre du gouvernement israélien », a déclaré M. Sikorski sur la plateforme de médias sociaux américaine X]

https://www.humanite.fr/monde/armee-israelienne/tortures-humilies-affames-apres-leur-expulsion-disrael-les-membres-de-la-flottille-global-sumud-arrivent-enfin-a-paris

Violés, torturés, humiliés, affamés… Après leur expulsion d’Israël, les membres de la flottille Global Sumud racontent leur calvaire. Depuis leur arrestation illégale dans les eaux internationales par l’armée israélienne le lundi 18 mai, les membres de la flottille pour Gaza ont été expulsés vers la Turquie, jeudi 21. De nombreux militants sont arrivés ce vendredi à Paris après avoir subi des crimes et des violences durant leur détention. Selon la Global Sumud Flottilla, au moins 15 personnes auraient été victimes de viols.

 

Destruction des villages libanais

Dans sa tentative d’occuper le sud du Liban, Israël exige que les populations libanaises qui y habitaient soient déplacées. Depuis plusieurs semaines, l’armée israélienne cible les villages libanais au point de les raser complètement. Mais ces destructions sont bien moins documentées, les informations sont très limitées et parcellaires.

https://www.ouest-france.fr/monde/liban/reportage-tout-a-ete-detruit-israel-continue-de-raser-des-villages-entiers-au-sud-du-liban-9fb3d006-479b-11f1-8e6a-4938cf63b665  

« Tout a été détruit » : Israël continue de raser des villages entiers dans le sud du Liban. Le cessez-le-feu, décrété le 16 avril, n’empêche pas l’armée israélienne de pilonner des localités dans la zone tampon qu’elle a instaurée au sud du pays. Certains villages ont été rayés de la carte.

https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/22/ce-n-est-pas-une-zone-tampon-c-est-une-zone-morte-les-localites-du-sud-du-liban-rayees-de-la-carte-par-l-armee-israelienne_6692255_3210.html

« Ce n’est pas une zone tampon, c’est une zone morte » : des localités du sud du Liban rayées de la carte par l’armée israélienne. Une analyse satellite réalisée par « Le Monde » montre que dans la zone frontalière occupée par l’armée de l’Etat hébreu, les villes et les villages ont été rasés ou endommagées à hauteur de 45 %. Cette entreprise de destruction, qu’Israël justifie par des arguments sécuritaires, est qualifiée de crime de guerre par les experts en droit international.

https://www.aa.com.tr/ru/мир/израильские-солдаты-и-их-близкие-под-смех-отпраздновали-уничтожение-домов-в-ливане/3945444 (site turc, en russe)

Des soldats israéliens et leurs familles ont célébré la destruction de maisons au Liban dans la joie. Une unité israélienne a organisé une fête en diffusant les frappes sur le Liban sur un grand écran. Des soldats israéliens et leurs familles ont célébré, dans la joie et l'applaudissement, la destruction de villages et de villes par des explosions dans le sud du Liban occupé, provoquant l'indignation sur les réseaux sociaux. Selon les médias israéliens, une unité de l'armée israélienne a organisé une fête de « retour à la maison » en présence des familles des soldats. Lors de cet événement, des images de l'armée israélienne faisant exploser des maisons dans des villages et des villes du sud du Liban occupé ont été diffusées sur un grand écran. Les soldats israéliens et leurs familles ont assisté à la destruction de maisons libanaises dans la joie et l'applaudissement. La musique utilisée par le Hezbollah lors d'attaques contre l'armée israélienne était diffusée en fond sonore. De nombreux utilisateurs des réseaux sociaux ont condamné les agissements des soldats israéliens et de leurs familles, les qualifiant d'inhumains et de honteux.

 

Double langage des médias

Notons la différence de traitement envers ces deux événements, qui choque. Pourquoi cette différence ?

La flottille était composée essentiellement de citoyens de pays occidentaux. Ce qu’ils ont subi est qualifié d’« inadmissible », de « monstrueux », de « honteux » ; tous les médias européens s’en sont fait l’écho, et les auteurs sont unanimement condamnés.

Par contre, ce qui se passe au Liban, le déplacement de plus d’un million de personnes, la destruction de leurs villages, les morts par tirs israéliens… ne sont que très peu signalés et commentés… alors que les auteurs sont les mêmes… mais pas les victimes.

La conclusion qui s’impose est que, selon les pays et la citoyenneté, des personnes visées, attaquées, torturées…, des criminels seront dénoncés, fortement critiqués, condamnés… ou peu, voire pas.

N’y a-t-il pas là une question que l’on doit poser sur les « valeurs universelles » et le respect de cet « universalisme » revendiqué par les gouvernements et les médias des pays les plus riches, les plus puissants mais aussi les plus hésitants à ne serait-ce que critiquer l’État qui est installé au Moyen-Orient, et qui, selon les mots du chancelier allemand Merz et de nombreux autres politiciens occidentaux, « fait le sale boulot à notre place ».

Le « sale boulot » contre qui ? devrait-on ajouter. Ne voit-on pas à l’occasion du génocide visant Gaza et maintenant le Liban voire l’Iran avec le bombardement des fillettes de l’école de Minab, réapparaître un double langage remontant à la période coloniale ? N’assiste-t-on pas à l’occasion des violations des règles de la guerre et du droit international en Asie occidentale à une répétition de ce qu’Aimé Césaire écrivait déjà à l’époque de l’offensive idéologique anticoloniale d’après 1945 dans le « Discours sur le colonialisme » :

 https://www.larevuedesressources.org/IMG/pdf/CESAIRE.pdf :

« Oui, il vaudrait la peine d'étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il le vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est pas l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, c'est l'humiliation de l'homme blanc, et d'avoir appliqué́ à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l’Inde et les noirs d'Afrique.

 

Et c'est là le grand reproche que j'adresse au pseudo-humanisme : d'avoir trop longtemps rapetissé les droits de l'homme, d'en avoir eu, d'en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste. »

 

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7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 12:35

La politique suivie par la Chine interroge beaucoup d'observateurs et le discours libéraux imputant les succès incontestables de la Chine en matière économique et sociale à l'adoption du capitalisme sont légions. Ce qui n'explique pas pourquoi la Chine serait devenue plus dynamique économiquement que tous les pays du "vieux capitalisme". Dans les faits, il est nécesaire de réfléchir au fonctionnement réel du système chinois et de savoir pourquoi il n'est pas question de renoncer à l'objectif de construire le socialisme de la part du Parti communiste chinois, ce dont cet article traite.

 

La Rédaction

 

 

UNE “NEP”

 

AUX

 

CARACTÉRISTIQUES CHINOISES

 

?

-

Avril 2026

 

 

Bruno Guigue

 

Les succès de la Chine contemporaine ne cessent d’interroger nos conceptions habituelles. Savons-nous seulement quels sont les ressorts de cette modernisation réussie, et quelles perspectives elle offre pour l’avenir du socialisme ? Une des questions fondamentales qu’il convient de se poser à propos de la Chine contemporaine est la suivante : de quelle nature est la formation sociale chinoise actuelle ? Qu’est-ce qui la spécifie en regard d’autres formations sociales ?

Poser cette question centrale a pour vertu d’ouvrir deux pistes de réflexion, sur lesquelles ces quelques notes ont pour seule ambition d’ouvrir le débat et de stimuler les recherches. 

La première piste de réflexion est la suivante : quels sont les modes de production qui figurent dans cette formation sociale, et comment s’articulent-ils ? Quelle signification faut-il accorder à l’existence d’un secteur capitaliste en Chine ? Autrement dit, quel est le mode de production dominant autour duquel se déploie la structure propre à cette formation sociale ?

La deuxième piste de réflexion est la suivante : quelle est la genèse historique de cette formation sociale originale ? Quelles sont les étapes qu’elle a franchies pour parvenir au stade actuel ? Cette genèse historique présente-t-elle des similitudes avec la Nouvelle politique économique (NEP) menée par le pouvoir soviétique de 1921 à 1928 ? A-t-elle l’aspect d’une trajectoire linéaire, ou au contraire d’un processus itératif, marqué par des accélérations, mais aussi des retours en arrière ? 


Il y a aussi une troisième piste de réflexion, qui est celle des perspectives ouvertes par l’accomplissement historique dont témoigne la Chine depuis 1949 : au-delà du “stade primaire du socialisme”, quels sont les objectifs propres aux étapes suivantes de cette modernisation ? La transition socialiste doit-elle encore être pensée, comme le veut la théorie marxiste classique, dans l’horizon du communisme ? Trop importante pour être traitée ici, cette piste de réflexion fera l’objet d’un travail ultérieur.

Reprenons donc les deux premières pistes de réflexion et tentons d’y cheminer autant que faire se peut, de manière nécessairement partielle et provisoire.
Pour commencer, partons d’une observation que chacun peut faire : la Chine est une formation sociale singulière que la plupart des commentateurs, fussent-ils “sinologues”, peinent généralement à décrire ou à nommer. Le plus souvent, cette difficulté est imputable à des biais idéologiques aisés à deviner, mais elle traduit aussi parfois l’absence d’instruments intellectuels adéquats. C’est pourquoi, afin de traiter la question de façon rationnelle, il me semble indispensable de s’appuyer sur l’analyse marxiste des différents modes de production, de leur succession dans l’histoire et de leur combinaison au sein d’une formation sociale donnée.

La question est en effet de savoir en quoi consiste précisément la formation sociale chinoise contemporaine, telle qu’elle se présente à l’observateur en 2026, et sur quelle base matérielle elle repose, avec les caractéristiques historiques qui sont les siennes. Or, dans ce travail d’analyse, il faut évidemment se déprendre d’un certain nombre de travers intellectuels dans lesquels tombent de nombreux commentateurs.

Le principal travers consiste à refuser de voir dans la formation sociale chinoise une formation complexe, hybride, caractérisée par la transition inachevée d'un mode d'organisation sociale à un autre. Certains observateurs, généralement hostiles à la République populaire de Chine, ont tendance à essentialiser le modèle chinois en recourant à des notions simplistes ou inadéquates. Ils définissent la formation sociale chinoise, par exemple, en la subsumant sous le concept commode de “capitalisme d’État” ou de “socialo-capitalisme”, quand ils ne réduisent pas la Chine contemporaine à un mélange funeste de “capitalisme sauvage” et de “dictature totalitaire”. Autant de qualifications hâtives et caricaturales qui ne peuvent manquer d’induire en erreur, car elles omettent un fait essentiel : l’existence de rapports sociaux de type capitaliste en Chine n’implique nullement le caractère capitaliste de la société chinoise.

Dans certains milieux, on disait autrefois de l’URSS qu’elle était caractérisée par un “capitalisme sans capitalistes”, dans la mesure où elle apparaissait comme le modèle achevé d’un capitalisme d’État dans lequel l’appropriation privée des moyens de production était bannie au profit d’un robuste dirigisme étatique. Au nom du “prolétariat” ou du “peuple tout entier”, une nouvelle classe dominante, après avoir investi le pouvoir d’État, aurait saisi les rênes de l’économie et de la société. Sous couvert de socialisme, les rapports sociaux capitalistes auraient été reconduits au profit de cette nouvelle couche dominante, la “bureaucratie soviétique”. On ne se prononcera pas ici sur cette qualification, qui est sans doute partiellement erronée et fort discutable d’un point de vue historique. Ce qui est certain, c’est qu’elle ne correspond nullement à la situation de la formation sociale chinoise actuelle, qui se caractérise au contraire par la présence de capitalistes, mais sans capitalisme.

Afin de faire la lumière sur ce paradoxe apparent, tournons-nous donc vers l’analyse marxiste des modes de production et des formations sociales. Rappelons qu’un mode de production, c’est l’ensemble constitué par les forces productives (la force de travail et les instruments de production) et les rapports de production, c’est-à-dire les rapports sociaux noués par les individus dans la sphère productive. Un mode de production, comme son nom l’indique, désigne une manière de produire les biens matériels indispensables à l’existence des individus qui vivent dans une formation sociale donnée. Sans entrer dans le détail de la théorie marxiste, il suffit de retenir à ce stade que le mode de production constitue la base matérielle de l'existence des hommes et qu'il qualifie la formation sociale déterminée dans laquelle cette base matérielle joue un rôle déterminant.

Or c’est ici qu’une précision s’impose : l’articulation entre la formation sociale et le mode de production implique aussi que, dans toute formation sociale, il n’existe pas un seul mode de production : la plupart du temps, il en existe au moins deux, et parfois beaucoup plus. Parmi ces modes de production, l’un d’entre eux est dit “dominant” et les autres “dominés”. Ces derniers sont soit des survivances du passé de l’ancienne formation sociale, soit des modes de production en train de naître dans le présent même de la formation sociale. Cette précision est importante, car cette pluralité de modes de production, inséparable de la prédominance d'un mode de production sur les autres, permet de rendre compte de la complexité des faits observables dans toute formation sociale concrète. Et c’est aussi cette pluralité inégale des modes de production qui permet de déceler les tendances contradictoires qui s’affrontent dans la formation sociale considérée et qui constituent, pour cette raison, le moteur de son histoire.

Revenons maintenant à la formation sociale chinoise contemporaine et à ce qui nous intéresse ici, à savoir sa composition organique, c’est-à-dire l’articulation spécifique entre les modes de production qui concourent à son existence historique.
Pour tenter de la déceler, il faut d’abord procéder à une photographie, nécessairement descriptive dans un premier temps, de cette pluralité concrète qui caractérise la formation sociale chinoise actuelle.

Mais avant de présenter cet inventaire des modes de production à l’œuvre en Chine, il faut bien préciser un point qui me semble essentiel.

Comme tout le monde, les Chinois vivent dans une société déterminée, une “formation sociale” concrète, caractérisée par la prédominance d’un mode de production déterminé. Mais quel est ce mode de production ? Car il ne suffit pas qu’une formation sociale existe pour qu’elle possède son propre mode de production. Une formation sociale capitaliste, comme les États-Unis par exemple, se caractérise par un mode de production dominant, le mode de production capitaliste. Mais une société socialiste comme la société chinoise, en revanche, possède-t-elle pour autant un mode de production socialiste ? Si cette expression n'existe pas chez Marx, Engels et Lénine, c'est parce qu'aux yeux de la théorie marxiste une formation sociale peut être en transition entre deux modes de production sans avoir un mode de production exclusif. Durant cette période transitoire, qui peut être extrêmement longue, les éléments de la société future ont tendance à prendre le dessus sur les éléments de la société passée, modifiant peu à peu la composition organique de la formation sociale. Et cette situation n’a rien d’anormal : elle est l’effet direct du développement des forces productives et des luttes de classes qui traversent toute formation sociale.

Ce point étant éclairci, faisons l'inventaire des modes de production de la formation sociale chinoise.

Quels sont, précisément, ces modes de production dont la combinaison fournit son ossature matérielle à la formation sociale chinoise contemporaine ?

1. Premièrement, le mode de production socialisé, c’est-à-dire le mode de production caractérisé par l’existence d’unités de production économique dont la propriété du capital est une propriété publique.

Ces unités de production sont principalement les grandes entreprises d’État qui détiennent, en Chine, les secteurs-clés de l’industrie comme la sidérurgie, l’énergie (le charbon, le gaz, l’électricité, le pétrole et le nucléaire), mais aussi les infrastructures de transport et l’industrie de l’armement. Particulièrement intensifs en capital, ces secteurs stratégiques sont la propriété exclusive de la puissance publique qui les contrôle à travers un réseau de 325 000 entreprises publiques disséminées sur l’ensemble du territoire aux niveaux national, régional et local. Mais à l’intérieur de ce vaste secteur public largement décentralisé, c’est surtout par le truchement de 97 très grandes entreprises que l’État central détient l’essentiel du capital industriel, soit 55 % des actifs de toutes les entreprises, publiques et privées, du pays.

Appartiennent aussi à ce vaste secteur public les innombrables établissements bancaires qui contrôlent 80 % des actifs de cette catégorie dans l’ensemble du pays. En Chine, c’est le réseau des banques publiques, et non les institutions financières privées, qui assure de manière prépondérante le financement de l’économie. Cette prédominance du secteur public est fondamentale : elle affranchit la sphère financière de la rapacité des actionnaires privés et l’ordonne aux impératifs du développement planifié de l’économie. Loin de cette domination des intérêts privés qui caractérise les pays capitalistes, la socialisation de la finance redouble celle de la production et consolide l’ossature publique de la structure sociale. Aussi l’activité boursière est-elle peu développée en Chine : la somme des capitalisations boursières chinoises sur les places de Shanghai et Hong Kong demeure largement inférieure à celle de leurs homologues occidentales, alors même que l’économie chinoise calculée en PPA occupe la première place mondiale. Que la part de la Chine dans la sphère productive soit inversement proportionnelle à sa part dans la sphère spéculative n’est donc pas le fait du hasard, mais un effet de structure.

Il résulte des deux points précédents que le mode de production dominant, au sein de la formation sociale chinoise, ne peut-être que le mode de production socialisé. Cette prédominance revêt trois aspects. Elle est d’abord quantitative : la puissance publique contrôle l’essentiel du capital industriel et du capital financier. Mais elle est également qualitative : en occupant les hauteurs stratégiques de l’économie, l’État les met au service du développement global. En déliant les secteurs-clé de l’exigence de rentabilité à court terme, la planification étatique oriente l’activité économique dans une direction conforme à l’intérêt général. Cette prédominance du secteur public en amont de la chaîne de valeur influe notamment sur la formation des prix : elle rend possible une politique de bas coût des intrants qui sont fournis à l’ensemble de l’économie. Ce qui explique la capacité du secteur productif à satisfaire les besoins de la population sur le marché intérieur (il suffit de vivre en Chine pour y mesurer l’absence de tensions inflationnistes), mais aussi la compétitivité internationale de l’économie chinoise, laquelle a constitué l’un des moteurs de son développement au cours des vingt dernières années.

J’ajouterai une remarque lexicale pour finir : contrairement à d’autres auteurs, j’emploie l’expression “mode de production socialisé”, et non “mode de production étatique” ou “mode de production socialiste”. Le terme “socialisé” indique clairement, en effet, que l’existence de ce mode de production résulte d’un processus (la révolution socialiste) et que sa caractéristique principale réside dans la propriété sociale (ou publique) du capital. En revanche, la notion de “mode de production étatique” me parait réductrice : l’État n’est pas le seul intervenant dans la gestion du secteur public, et les collectivités locales jouent un rôle essentiel dans un système qui est très décentralisé. Quant au  “mode de production socialiste”, cette expression ne correspond pas à la réalité : la formation sociale chinoise étant une formation en transition, c'est cette transition qui est socialiste, et non tel ou tel mode de produiction qui lui fournissent sa base matérielle. En somme, le mot “socialisme” ne peut pas désigner, à la fois, le tout et la partie.

2. Deuxièmement, le  mode de production capitaliste, lequel existe bel et bien dans la formation sociale chinoise, depuis qu’il a été réintroduit au début des années 1990 par les réformes de Deng Xiaoping.

Ce secteur capitaliste joue un rôle important dans un certain nombre de domaines qui ont nécessité des capitaux, des compétences et des technologies indispensables à la modernisation du pays et dont ne disposait pas immédiatement la puissance publique. Au début des réformes, ces apports de capitaux privés provenaient surtout de la diaspora chinoise d’outre-mer, puis ils sont venus pour une part grandissante des capitalistes nationaux et des investisseurs extérieurs. Relèvent en effet du mode de production capitaliste les entreprises privées à capitaux étrangers qui se sont installées progressivement depuis les années 1990 sur le sol chinois. Ces investissements directs étrangers (IDE) ont été encouragés, de manière sélective, par les autorités du pays, afin d’y créer des emplois et de favoriser les transferts de technologies. C’est notamment grâce à cette ouverture internationale que l’économie chinoise a connu une nouvelle phase de son développement dans les années 2000.

Loin de constituer le mode de production dominant, le mode de production capitaliste a donc été réintroduit en Chine sous le contrôle de l’État socialiste afin d’obtenir des capitaux et des technologies, mais aussi pour stimuler l’effort de modernisation des entreprises nationales sous l’aiguillon de la concurrence étrangère. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce pari de la modernisation sous la contrainte externe a été largement gagné. L’apport du capital privé a été judicieusement calculé par les autorités chinoises afin de doper la croissance endogène, sans mettre en péril la souveraineté économique du pays ni s’exposer aux extravagances du marché provoquées par les crises cycliques du capitalisme mondial. Appliquant le principe maoïste selon lequel il faut "chercher la vérité dans les faits", les planificateurs chinois ont expérimenté les vertus d'un secteur capitaliste circonscrit au nécessaire et sévèrement rappelé à l'ordre lorsqu'il outrepassait ses prérogatives de force d'appoint.  Au demeurant, les dizaines de Chinois richissimes qui ont été  sanctionnés depuis quinze ans (y compris, dans un cas extrême, au moyen de l’exécution capitale), que ce soit pour leurs malversations financières, leurs interventions intempestives ou leur pratiques monopolistiques, témoignent des limites de l’influence du mode de production capitaliste en République populaire de Chine. On conviendra qu’il est difficile, dans ces conditions, d’inférer le caractère “capitaliste” de la formation sociale chinoise de la présence de “capitalistes” en son sein.

Mais l’aspect le plus intéressant, dans cette réhabilitation sous conditions du capitalisme, concerne sans doute les transferts de compétences attendus par les responsables chinois. Après tout, c’est avec les hommes d’aujourd’hui qu’il faut construire le socialisme de demain, et dans un contexte de pénurie il faut savoir utiliser les ressources disponibles. Lorsque Mao Zedong, dans le cadre de la “démocratie nouvelle” (1949-1953), a classé la “bourgeoisie nationale” au rang des “classes révolutionnaires”, il songeait surtout à utiliser les compétences techniques de cette classe sociale instruite : des entrepreneurs privés sont ainsi devenus les directeurs de leur propre usine, désormais placée sous le contrôle des syndicats et mise au service de la révolution.

À l’adresse de ceux qui jugent rédhibitoire d’un point de vue marxiste la participation des capitalistes à la transition socialiste, il faut citer ce que disait Lénine en avril 1921 dans sa brochure “Sur l’impôt en nature” à propos des “concessions” accordées au “capital privé” au nom d’un “capitalisme d’État” qu’il concevait comme “l’antichambre du socialisme” : “Nous payons un certain tribut au capitalisme mondial, nous lui payons une rançon”, et “nous ne devons pas craindre d’avouer que nous pouvons et devons encore beaucoup apprendre des capitalistes”. Certes, “cela peut sembler paradoxal : le capitalisme privé dans le rôle d’auxiliaire du socialisme ? Mais cela n’a rien d’un paradoxe, c’est un fait économique, absolument incontestable.” La vérité, c’est que “le capitalisme est un mal par rapport au socialisme, mais qu’il est un bien par rapport au Moyen Âge, par rapport à la petite production, par rapport au bureaucratisme qu’engendre l’éparpillement des petits producteurs”. Et puisque “nous ne sommes pas encore en mesure de réaliser le passage immédiat de la petite production au socialisme, le capitalisme est dans une certaine mesure inévitable, comme une conséquence naturelle de la petite production. Nous devons donc utiliser le capitalisme (surtout en l’orientant dans la voie du capitalisme d’État) comme maillon intermédiaire, conduisant de la petite production au socialisme. Nous devons l’utiliser comme moyen, voie, procédé, modalité, permettant d’augmenter les forces productives.”

3. Troisièmement, le mode de production familial qui est encore largement prépondérant dans l’agriculture chinoise.

Ce mode de production a connu une histoire singulière : sous sa forme actuelle, il résulte des réformes des années 1980 consécutives au démantèlement des structures collectives créées dans les années 1950. Au lendemain de la victoire sur l’envahisseur japonais, en 1945, les terres appartenant aux propriétaires fonciers ont été redistribuées à la paysannerie pauvre, et cette redistribution massive a été entérinée par la grande loi agraire de 1950. Cette révolution paysanne a mis fin aux rapports sociaux de domination qui livraient la majorité des paysans à une exploitation féroce. Elle a généré une agriculture formée d’une multitude de petites exploitations familiales dont la productivité, trop faible, ne permettait pas un véritable décollage de la production agricole. C’est pourquoi Mao Zedong a lancé en 1953 la collectivisation des terres, achevée en 1957, qui a donné naissance aux fameuses “communes populaires” dans lesquelles les cultivateurs travaillaient, pour l’essentiel de leur temps de travail, au profit de la collectivité.

Avec la modernisation des équipements, la généralisation de l’usage des engrais, la sélection de plus en plus rigoureuse des semences, les conditions techniques de la production ont progressivement changé. Le collectivisme intransigeant des communes populaires a été peu à peu atténué et les paysans ont pu cultiver un lopin individuel. Après la “Révolution culturelle” (achevée en 1976), les autorités ont décidé, dans le cadre des nouvelles réformes, de rétablir le système de l’exploitation familiale afin de stimuler la productivité de ces unités autonomes de production que constitueraient désormais les fermes familiales. L’agriculture chinoise telle qu’elle existe aujourd’hui est donc le résultat combiné de trois processus historiques : une redistribution égalitaire des parcelles entre les familles paysannes (acquise en 1950 et renouvelée en 1984 après la dissolution des communes populaires), une succession de progrès techniques due aux investissements réalisés durant la période maoïste, et enfin une libéralisation des marchés agricoles dans le cadre des réformes de Deng Xiaoping. Le mode de production dominant dans l’agriculture chinoise est donc le mode de production familial, la famille paysanne étant liée contractuellement avec les collectivités locales (au nom de l’État), et bénéficiant d’un droit héréditaire et exclusif à l’exploitation d’une parcelle attribuée en fonction du nombre d’habitants.

Lorsque les enfants ne veulent pas reprendre l’exploitation agricole de leurs parents, l’usage de la terre peut être loué à d’autres cultivateurs, ce qui explique la taille très variable des exploitations existantes. Mais la terre ne peut pas être vendue, puisqu’elle appartient à l’État qui en est le propriétaire ultime, et ce sont les collectivités locales qui en organisent l’attribution en fonction des besoins, agricoles et non agricoles. Au total, ce système donne aux exploitants une grande autonomie de gestion, et le contrat avec l’État leur garantit de surcroît un véritable droit à la terre. La famille paysanne, en vertu de la loi, est l’attributaire exclusive d’une parcelle qui lui fournit l’essentiel de sa subsistance et lui permet de commercialiser librement ses produits sur le marché. Notons cependant que ce mode de production familial ne va pas sans une contradiction entre la propriété publique de la terre, favorable au maintien d’une agriculture parcellaire de petite dimension, et la propriété privée de la production, obéissant aux lois du marché et à ses contraintes de compétitivité. Ajoutons à ce tableau que l’agriculture chinoise, pas plus que les autres secteurs, n’est chimiquement pure : elle comprend aussi des éléments empruntés à d’autres modes de production lorsqu’elle recourt au travail salarié ou requiert des investissements importants dans les secteurs à forte valeur ajoutée, ce qui est le cas de certaines productions commerciales.

4. Quatrièmement, le mode de production individuel, incarné par des personnes physiques qui exercent une activité artisanale, tertiaire ou libérale, de manière quasiment indépendante (souvent dans un cadre familial) sans avoir le statut de salarié, ni celui de patron.

Très nombreuses en Chine, ces petites entreprises individuelles (qui correspondent en gros au statut d’auto-entrepreneur tel que nous le connaissons) ne relèvent évidemment pas du secteur capitaliste : elles ignorent le plus souvent l’emploi de travailleurs salariés et reposent sur la valorisation d’un travail individuel ou familial. Et cela, même si leur activité se déploie dans un environnement qui est lui-même hybride, puisque le travailleur individuel doit côtoyer des entreprises privées de taille variable dont il dépend parfois et avec lesquelles il noue toutes sortes de rapports.

Notons que cette très petite entreprise existait déjà durant l’époque maoïste, mais de façon résiduelle, dans les interstices d’une économie largement collectivisée. Avec les réformes, ce mode de production a connu un essor considérable dans les villes comme dans les campagnes. Favorisée par les nouvelles habitudes de consommation, elle a aussi été encouragée par les autorités, lorsqu’elles ont officiellement reconnu la liberté d’entreprendre et la propriété privée. L’appel à l’initiative individuelle et l’appât du gain ont stimulé le développement de toute une série d’activités légères, très faibles en capital, et reposant pour l’essentiel sur l’ardeur à la tâche du travailleur individuel ou du petit entrepreneur : petit commerce, restauration, transport de personnes, etc.

5. Cinquièmement, le mode de production coopératif, qui s’est développé de manière exponentielle dans la phase de transition.

L’exemple le plus emblématique de la puissance du secteur coopératif en Chine, c’est très certainement l’entreprise Huawei, dont le capital est détenu par les salariés, le fondateur de l’entreprise, ancien colonel de l’Armée populaire de libération, ne détenant lui-même que 1 % de ce capital. Naturellement, cette entreprise n’est pas cotée en bourse et elle est donc l’affaire de ses salariés-associés, manifestement recrutés sur des critères de compétence au vu des prouesses technologiques accomplies par cette entreprise de très haut niveau, qui dame le pion aux multinationales occidentales de la même catégorie. Mais la coopération a fait également un retour spectaculaire dans le monde agricole. Afin d’améliorer les performances du secteur, une loi votée en 2007 a prévu des financements publics pour faciliter la mise en place de “coopératives spécialisées”. Le système des petites parcelles éparpillées ayant révélé ses limites, la création de coopératives permet désormais de mutualiser les moyens et d’investir dans des techniques agricoles plus modernes, augmentant les surfaces cultivables et le rendement des exploitations. Aujourd’hui, on compte deux millions de coopératives, regroupant la moitié des familles paysannes. Singulière ironie de l’histoire, qui voit le retour en force d’un esprit coopératif que l’on croyait rangé au magasin des accessoires depuis le démantèlement des communes populaires et le partage des terres collectives. 

Il est particulièrement intéressant, à ce propos, de rappeler ce que Lénine, dans la Pravda du 26 mai 1923, disait des coopératives. “Il est certain que dans un État capitaliste, les coopératives sont des institutions capitalistes collectives. Sous le capitalisme privé, les entreprises coopératives se distinguent des entreprises capitalistes comme les entreprises collectives se distinguent des entreprises privées”. Or tout change avec la révolution socialiste. “Dans notre régime actuel, les entreprises coopératives se distinguent des entreprises capitalistes privées comme entreprises collectives, mais elles ne se distinguent pas des entreprises socialistes, si la terre où elles sont bâties et les moyens de production appartiennent à l’État, c’est-à-dire à la classe ouvrière. On oublie donc que grâce au caractère particulier de notre régime politique, la coopération acquiert chez nous une importance tout à fait exceptionnelle.” Quel est le rapport entre la coopération et le socialisme ? La réponse de Lénine est on ne peut plus claire. “Aujourd’hui, nous sommes en droit de dire que le simple développement de la coopération s’identifie au développement du socialisme.”

 

Une NEP aux caractéristiques chinoises

Cette photographie des modes de production en vigueur dans la formation sociale chinoise a le mérite de souligner son pluralisme constitutif : le système chinois actuel associe différents modes de production, différents régimes de propriété et différentes classes sociales. Loin de tout utopisme, il ne prétend pas avoir aboli la division interne de la société et les inégalités qui la traversent. Ce pluralisme assumé constitue-t-il une anomalie en regard de la transition socialiste ? Comme on l’a vu plus haut, toute formation sociale historiquement déterminée comprend plusieurs modes de production tout en ayant un mode de production dominant. Et dans le cas de la Chine contemporaine, formation de transition qui est encore "au stade primaire du socialisme", c'est le mode de production socialisé qui est le mode de production dominant.

Pour citer encore Lénine, on sait qu’il s’est livré devant ses camarades, dans une brochure de 1918 sur “L’économie actuelle de la Russie”, à un exercice analytique comparable. Décrivant la transition en cours dans la Russie des soviets, il rappelle que “le régime actuellement existant renferme des éléments, des parcelles, de petits morceaux de capitalisme et de socialisme”.
Quels sont ces éléments relevant de “différents régimes de l’économie sociale” ? Le premier élément, dit-il, c’est “l’économie paysanne patriarcale”. Le deuxième élément, c’est “la petite production marchande”, cette catégorie comprenant “la plupart des paysans qui vendent du blé”. Le troisième élément, c’est “le capitalisme privé”. Le quatrième, c’est “le capitalisme d’État”. Le cinquième, “c’est le socialisme”.
 »La Russie est si grande et si variée », dit-il, « que toutes ces diverses formes économiques et sociales s’y entremêlent, et c’est ce qui fait l’originalité de la situation Parmi ces éléments, quels sont ceux qui prédominent ? “Dans un pays de petite paysannerie, poursuit Lénine, c’est l’élément petit bourgeois qui prédomine et ne peut pas ne pas prédominer.” La majorité des cultivateurs étant de “petits marchands”, le problème de la transition sera donc de faire prévaloir le socialisme, peu à peu, sur la petite production marchande.

Mais cette transition, Lénine la conçoit comme un processus qui prendra beaucoup de temps, par étapes successives, sans forcer le mouvement au risque de faire échouer l’entreprise. Avec la nouvelle politique économique (NEP), la Russie soviétique a pris en 1921 la direction d’une transition de longue durée accompagnée d’une “révolution culturelle” (ce sont les mots de Lénine) destinée à élever le niveau de la population. “Nous n’avons jamais été des utopistes, et nous n’avons jamais pensé que nous allions construire la société communiste avec les mains bien propres de communistes proprets, qui doivent naître et s’éduquer dans la société communiste pure. Ce sont là des contes d’enfants. Nous devons bâtir le communisme avec les débris du capitalisme.” Car “le prolétariat n’est pas exempt des défauts et faiblesses de la société capitaliste. Il lutte pour le socialisme et en même temps, il combat ses propres insuffisances.” Certes, “nous élèverons la culture de la campagne, mais c’est là une affaire de longues, très longues années”.

Pour conduire cette transition de longue durée, et compte tenu des circonstances, Lénine a la conviction qu’il faut d’abord recourir au capitalisme d’État. “Le socialisme est impossible sans la technique de la grosse industrie capitaliste, technique organisée selon le dernier mot de la science moderne. Il est impossible sans une organisation méthodique réglée par l’État, et qui impose à des dizaines de millions d’hommes la stricte observation d’une norme unique dans la production et la répartition des produits. Nous, marxistes, l’avons toujours dit.” En effet, “ce n’est pas sans raison que les maîtres du socialisme ont parlé de toute une période de transition du capitalisme au socialisme, ce n’est pas sans motif qu’ils ont insisté sur les longues douleurs de l’enfantement de la nouvelle société, cette dernière étant elle aussi une abstraction, incapable de devenir une réalité autrement qu’à la suite d’une série de tentatives concrètes, variées et imparfaites pour fonder tel ou tel État socialiste”. Or “le capitalisme de monopole de l’État est la préparation matérielle la plus complète du socialisme, l’antichambre du socialisme, l’échelon historique qu’aucun autre échelon intermédiaire ne sépare de l’échelon appelé socialisme”.

Sous l’égide de l’État prolétarien, quelle est notre politique économique, demande Lénine en 1921, lorsqu’il lance la NEP ? Notre politique, c’est de “donner aux petits paysans, en échange du blé, tous les produits dont ils ont besoin et que fournit la grosse industrie socialiste”. C’est pourquoi il ne faut pas “bloquer le développement des échanges privés non pratiqués par l’État, c’est-à-dire du commerce, c’est-à-dire du capitalisme”. Car c’est “un développement inévitable” lorsqu’il y a “des millions de petits producteurs”. Entraver ces échanges, ce serait “une sottise et un suicide pour le parti qui aurait essayé de le faire, une sottise, parce que cette politique est économiquement impossible, un suicide, parce que les partis qui essaient de pratiquer une politique de ce genre aboutissent à une faillite certaine”. Ce que nous devons faire, “ce n’est pas bloquer le développement du capitalisme, mais s’appliquer à l’orienter dans la voie du capitalisme d’État, chose économiquement possible, puisque le capitalisme d’État existe sous une forme ou sous une autre partout où il existe des éléments de commerce libre et de capitalisme en général”. C’est pourquoi “l’État prolétarien doit devenir un patron prudent, soigneux et habile, un négociant en gros consciencieux. Sinon il ne pourra pas mettre debout, économiquement, ce pays de petits paysans.” Il ne faut pas oublier, en effet, que “la misère et la ruine sont telles que nous ne pouvons pas rétablir d’emblée la grosse production socialiste, les grandes usines de l’État”.  Nous devons donc aider “la petite industrie qui ne demande pas de machines et qui est à même d’apporter une aide immédiate à l’économie paysanne et de relever ses forces productives”. Et cela, même si, “à la faveur d’une certaine liberté du commerce, renaissent la petite bourgeoisie et le capitalisme”.

Chacun connaît l’issue historique de la NEP et le tournant adopté par la politique soviétique à partir de 1929 : la mise en œuvre du premier plan quinquennal, l’industrialisation accélérée et la collectivisation de l’agriculture. Mais ce qu’un tel détour par Lénine et la NEP permet de comprendre, c’est que la transition socialiste, quelles que soient les circonstances, doit toujours composer avec la pluralité des modes de production. Et ce qu’illustre la voie chinoise vers le socialisme, c’est précisément l’acceptation de cette réalité objective. Avec la “démocratie nouvelle” théorisée en 1940, Mao Zedong avait déjà pris acte de la réalité concrète de la formation sociale chinoise dont le parti communiste parvenu au pouvoir assumerait désormais le pesant héritage. “Le prolétariat, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale” constituent, aux yeux de Mao, les “quatre classes révolutionnaires” avec lesquelles la Chine nouvelle fondée en 1949 va s’engager sur la voie du socialisme. Mais cette orientation initiale sera sérieusement révisée à partir du premier plan quinquennal (1953-1957), lorsque lui succédera la “construction des bases du socialisme”. Avec la collectivisation de l’agriculture et la création d’une puissante industrie d’État, la formation sociale chinoise se dote d’un mode de production socialisé qui deviendra, au cours de la période maoïste, son mode de production quasi exclusif. Société collectiviste, égalitaire et frugale, la Chine de Mao expérimente une forme de socialisme inédit, dont le point culminant sera atteint durant la Révolution culturelle (1966-1976).

La question de savoir si cette “révolution dans la révolution” a été condamnée par ses propres excès est une question que les communistes chinois ont tranchée en 1981 en la qualifiant de “déviation gauchiste”. Ce qui est sûr, c’est que la politique nouvelle, celle des “quatre modernisations” qui sera engagée à partir de 1978, marque un changement de cap économique dont les effets se font sentir jusqu’à aujourd’hui. Tandis que l’État socialiste conserve le contrôle des principaux moyens de production, l’agriculture est restituée à l’exploitation familiale et les activités tertiaires confiées au secteur privé. Loin de constituer le mode de production exclusif, le mode de production socialisé, celui des entreprises d’État, fournit l’ossature de l’économie. À l’intérieur d’un vaste secteur privé émerge une nouvelle couche sociale qui n’est pas sans ressembler à la “bourgeoisie nationale” des années 1949-1953, la principale différence résidant dans le fait que cette néo-bourgeoisie se voit légitimée dans ses prérogatives, puisque la propriété privée et l’initiative individuelle sont désormais consacrées par la loi et même par la Constitution. 


Il en résulte une composition organique originale, où le mode de production socialisé domine, de toute sa hauteur, les autres modes de production, lesquels se voient attribuer différents segments de l’activité économique et sociale. D’une certaine façon, on peut donc interpréter “la réforme et l’ouverture” engagées depuis les années 1980 comme une sorte de “NEP aux caractéristiques chinoises”, puisqu’on y retrouve à peu près les mêmes ingrédients : le monopole du pouvoir exeercé par la Parti communiste, la direction planifiée de l'économie par l'Etat socialiste, la prédominance du mode de production socialisé, la coexistence avec d'autres modes de production comme l'agriculture familiale, la petite production marchande et une forme de capitalisme tolérée dans les limites de la transition socialiste.

Remarquons toutefois que la ressemblance s’arrête à cette description empirique des différents modes de production. Car le processus historique qui lui a donné naissance est évidemment très différent. Dans la Russie des soviets, la NEP visait à développer les forces productives en libéralisant le commerce et en stimulant la production agricole. Au lendemain de la période dramatique du “communisme de guerre”, qui avait vu l’État prolétarien naissant imposer des prélèvements sur la production de manière autoritaire, il s’agissait de desserrer l’étreinte créée par la guerre civile : pour libérer l’activité productive, il fallait accepter, durant une certaine période, le développement du capitalisme et la permanence de la petite production marchande.

En Chine, “la réforme et l’ouverture” avaient pour vocation, comme la NEP de Lénine, de stimuler le développement des forces productives en libérant d’abord les énergies de la paysannerie, puis celles du secteur privé renaissant dans les villes. Et dans les deux cas, la pluralité restaurée des modes de production s’est accompagnée de la prédominance du mode de production socialisé. Mais dans le cas de la Russie soviétique, l’arriération économique était imputable à l’état de délabrement de l’économie russe, légué par le régime tsariste. En Chine, l’état d’arriération de l’économie était dû, selon les dirigeants chinois, à la stagnation provoquée par la “Révolution culturelle”. Ainsi, non seulement les prémisses historiques des deux périodes ne sont pas les mêmes, mais la situation est diamétralement opposée. Pour les bolcheviks au pouvoir, en 1921, la NEP vient réparer les dégâts causés par la guerre civile et préparer la collectivisation à venir. Pour les communistes chinois, en 1978, “la réforme et l’ouverture” viennent réparer les errements d’une collectivisation excessive. Lorsque les Chinois s’engagent dans les réformes, ce n’est pas un répit rendu nécessaire par la régression économique, mais le début d’une nouvelle phase historique : après avoir fait l’expérience d’un collectivisme rigide, le parti communiste chinois comprend qu’il faut changer de méthode pour parvenir au socialisme.

C'est la raison pour laquelle la politique adoptée par les Chinois en 1978, à l'opposé de la NEP, s'inscrit délibérément dans une temporalité longue. Lorsque le PCC adopte la théorie du “stade primaire du socialisme”, en 1987, il sait que cette orientation sera valable pour les décennies à venir, et Deng Xiaoping parlera de 2049 comme d’un horizon raisonnable pour l’achèvement de la modernisation socialiste. La “NEP aux caractéristiques chinoises”, par conséquent, risque fort d’être autre chose qu’une simple parenthèse ou qu’un simple répit. Tout indique au contraire que la composition organique de cette formation sociale qu’est la Chine contemporaine a atteint un point d’équilibre et que, pour les dirigeants chinois, la prédominance du mode de production socialisé garantit que le pays ne déviera pas de la voie socialiste. Il n’y a aucune raison d’envisager de faire disparaître les autres modes de production, dès lors que cette pluralité organique, sous le régime socialiste, a permis le développement spectaculaire de l’économie chinoise au cours des vingt dernières années. Si “la pratique est le seul critère de la vérité” (Mao), il faut mettre les idées à l’épreuve de la pratique pour vérifier si ce sont des idées justes. Or la pratique a montré qu'une économie mixte régulée par un Etat planificateur permettait d'atteindre un niveau de développement atteint et manifestait son éclatante supériorité sur les autres modèles de développement.

Lorsque Deng Xiaoping a lancé les réformes, il les avait justifiées en disant que “nous avons 20 à 30 ans de retard sur les pays avancés en matière de développement de la science et de la technologie”, qu’il fallait “absolument combler ce retard”, et c’est pourquoi il fallait “stimuler la croissance des forces productives et conduire à l’amélioration de la vie matérielle et culturelle du peuple chinois”. Le modèle socialiste et le modèle capitaliste doivent être jugés sur leurs résultats, et non en fonction d’idées abstraites. “Si le taux de croissance des forces productives dans un pays socialiste est inférieur à celui des pays capitalistes sur une longue période historique, comment pouvons-nous parler de la supériorité du système socialiste ?” Les succès de la modernisation chinoise depuis le lancement des réformes sont la vérification pratique que cette orientation était adéquate. Comment le nier ? Du point de vue matérialiste des réalisations concrètes, le système adopté par la Chine sous l’égide de Deng Xiaoping et consolidé sous la direction de Xi Jinping a fait la preuve de sa solidité et de son efficacité. Il a conjugué une très forte croissance économique et une remarquable stabilité sociale. Les Chinois vivent de mieux en mieux, dans un pays qui a éradiqué la misère et l’analphabétisme. “Le capitalisme se développe depuis plusieurs centaines d’années, rappelait Deng Xiaoping. Depuis combien de temps construisons-nous le socialisme ? Si nous pouvons faire de la Chine un pays modérément développé dans les cent ans suivant la fondation de la République populaire, ce sera une réalisation extraordinaire.”

Bruno Guigue

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4 avril 2026 6 04 /04 /avril /2026 11:59

Dans tous les pays ex-socialistes où le pouvoir s’est vu concentré dans les mains d’une bourgeoisie naissante on constate le développement d’une contradiction entre la nouvelle bourgeoisie compradore locale et la nouvelle bourgeoisie nationale locale. Cette contradiction évolue de manière très différente selon les pays et le rapport de force existant entre ces deux bourgeoisies. Cela va d’une soumission quasi-totale du pays au bloc impérialiste occidental à des tentatives d’affirmer une souveraineté nationale et économique, gage d’un redémarrage de l’économie productive locale. L’Algérie depuis la mort du président Boumediene a connu ces aller-retours entre secteurs bourgeois dans une situation de pressions et d’ingérences extérieures constantes. Sa marge de manœuvre était au départ très faible, en particulier au moment des ingérences qui ont mené à la « décennie noire ». Sa situation a eu tendance à se renforcer après la stabilisation relative du pays, puis la mobilisation de la population au cours du mouvement du « Hirak » et les changements politiques au sommet qui en ont résulté.

         Le pays reste néanmoins largement isolé dans l’aire arabe où les potentats locaux sont partout aux mains de bourgeois compradores décomplexés, en particulier depuis la chute de l’Irak, de la Libye et de la Syrie, ce qu’on peut constater avec l’attitude pro-impérialiste qu’ils observent face à l’agression anglo-américano-sioniste visant les peuples palestinien, libanais, syrien et aussi l’Iran qui tient haut l’étendard de la souveraineté nationale. Le cas algérien mérite donc d’être analysé dans ce contexte régional mais aussi mondial, car il constitue un cas d’école pour tous les analystes cherchant à décrypter les décisions que peuvent prendre les pays où les masses démontrent leur patriotisme et leur appui à des politiques sociales et économiques progressistes. Des pays où le pouvoir est tiraillé entre deux tendances contradictoires, dans un contexte international d’agressivité impérialiste systématique. Ce qui repose la question centrale pour tous les pays et pour tous les peuples de la stratégie et de la tactique à employer dans une société fragmentée de la base au sommet par les ingérences extérieures, politiques, économiques et idéologiques.

 

La Rédaction

 

 

IRAN :

 

Algérie :

Les silences d’une diplomatie sous contrainte impériale

ou

la diplomatie du « Ngoại giao cây tre » ? *

 

-

Avril 2026

 

 

Collectif « ÉCHOS DE LA VIE ICI-BAS » 

 

La récente déclaration du ministère algérien des Affaires étrangères condamnant les frappes iraniennes contre des pays du Golfe, sans condamner explicitement l’agression menée par l’axe israélo-étasunien contre l’Iran, constitue un révélateur d’une mutation de la diplomatie algérienne qui n’a pas manqué d’interpeller nombre de nos compatriotes. Loin d’être un simple ajustement conjoncturel, ce positionnement traduit une tension structurelle entre héritage anti-impérialiste et contraintes d’insertion dans un ordre international dominé par des rapports de force asymétriques.

 

Une inflexion qui rompt avec la tradition anti-impérialiste

Historiquement, la politique extérieure algérienne s’est construite dans le sillage de la guerre de libération : refus des blocs, soutien aux mouvements de libération et de manière centrale,à la cause du peuple palestinien, dénonciation constante de l’impérialisme occidental. Dans cette perspective, toute agression militaire menée par des puissances hégémoniques contre un État souverain appelait une condamnation claire.

 

Or, la séquence actuelle marque, pour le moins, une discontinuité manifeste. En condamnant les frappes iraniennes sur les monarchies du Golfe tout en adoptant un langage mesuré, voire silencieux face aux actions américano-israéliennes, Alger semble introduire une hiérarchisation implicite des violences. Cette asymétrie discursive ne peut être comprise qu’en la replaçant dans la recomposition des rapports de force régionaux et internationaux.

Ce déplacement est d’autant plus significatif qu’il intervient dans un contexte où d’autres positions diplomatiques récentes, sur Gaza ou le Sahara occidental, ont déjà suscité des interrogations au sein de l’opinion publique nationale. Il ne s’agit donc pas d’un épisode isolé, mais d’un moment d’une transition plus large.

 

Le « réalisme de survie » : une adaptation aux contraintes impérialistes 

Derrière ce qui apparaît comme une contradiction se dessine en réalité une logique de « réalisme de survie ». L’État algérien évolue dans un environnement marqué par une intensification des pressions impérialistes, où l’axe États-Unis–Israël (sous l’impulsion du sionisme international) restructure les équilibres régionaux en articulant puissance militaire, alliances sécuritaires et agressivité économique.

Dans ce cadre, plusieurs déterminants pèsent sur la prise de décision :

 

- Le Sahara occidental comme pivot stratégique

La question du Sahara occidental constitue le nœud central de la diplomatie algérienne. Le soutien des États-Unis au Maroc place Alger dans une position de vulnérabilité structurelle. Une confrontation directe avec Washington risquerait de consolider davantage cet alignement et d’isoler l’Algérie sur un dossier perçu comme existentiel.

Le silence relatif vis-à-vis de l’agression contre l’Iran apparaît ainsi comme une tentative de ne pas compromettre les marges de négociation avec la puissance hégémonique.

 

- L’encerclement géopolitique

La normalisation croissante entre la quasi-totalité des États arabes et Israël, ainsi que la présence sécuritaire et économique israélienne dans l’environnement régional, notamment chez notre voisin à l’Ouest de nos frontières, au Maroc, renforcent le sentiment d’encerclement stratégique. Dans une telle configuration, l’Algérie cherche, par conséquent, à éviter toute posture susceptible d’accélérer son isolement.

 

- La contrainte économique

Le projet de relance d’une économie productive hors hydrocarbures impose une stabilisation des relations extérieures. L’accès aux marchés, aux technologies et aux investissements internationaux dépend, en partie, de la capacité à maintenir des relations non conflictuelles avec les centres du capitalisme mondial. Ainsi, la diplomatie devient un instrument de sécurisation des conditions de reproduction économique interne, au prix d’un certain effacement discursif.

 

Un État traversé par une contradiction interne 

C’est sans doute le résultat d’une recomposition inachevée, à partir de laquelle doit être comprise la diplomatie algérienne actuelle. Celle-ci ne relève pas d’un choix homogène, mais d’un compromis (instable ?) entre deux lignes au sein de l’appareil d’État.

 

D’un côté, une ligne héritée de la guerre de libération, attachée à une lecture anti-impérialiste du monde, pour laquelle l’agression contre l’Iran s’inscrit dans une logique de domination globale qu’il faut dénoncer sans ambiguïté. De l’autre, une ligne pragmatique, soucieuse de préserver les équilibres internes et externes, pour laquelle la priorité est d’éviter toute confrontation directe avec les centres de puissance capables de déstabiliser l’État.

 

Le discours diplomatique actuel apparaît ainsi comme le produit d’un compromis : condamner les frappes iraniennes permet de maintenir des relations avec les monarchies du Golfe, tandis que le silence sur Washington évite une rupture stratégique. Ce double mouvement produit une impression de dissonance, voire d’incohérence, perçue par une grande partie de l’opinion comme un recul.

 

Une reconfiguration de la fonction idéologique de la diplomatie

Dans une perspective matérialiste, cette transformation peut être interprétée comme le passage d’une diplomatie de légitimation idéologique à une diplomatie de gestion des contraintes. Autrement dit, l’anti-impérialisme, autrefois principe structurant, tend à devenir une ressource discursive mobilisée de manière sélective, tandis que la pratique réelle s’ajuste aux nécessités de la reproduction de l’État dans un système mondial hiérarchisé et en pleine reconfiguration guerrière et chaotique. Ce basculement s’inscrit par ailleurs dans un contexte marqué par une érosion, voire une fin tacite du droit international, sous l’effet de politiques unilatérales agressives menées notamment par les États-Unis et Israël, ainsi que par la marginalisation croissante de l’ONU, réduite de facto à une simple chambre d’enregistrement.

Ce déplacement n’est pas propre à l’Algérie : il s’inscrit dans une dynamique plus large où les États issus des luttes de libération nationale sont confrontés à l’intégration subordonnée à l’ordre économique néolibéral mondial (économie « CRB »)*. La contradiction entre souveraineté politique proclamée et dépendance structurelle réelle devient alors le moteur des ambiguïtés diplomatiques.

 

Entre légitimité interne et contraintes externes : un équilibre instable

Le pouvoir semble miser sur un nouveau contrat implicite : compenser les ajustements diplomatiques par des performances économiques et une stabilité sociale. Cependant, ce pari comporte un risque majeur. En Algérie, la légitimité historique de l’État reste profondément liée à son identité anti-coloniale et à son soutien aux causes perçues comme justes, au premier rang desquelles la Palestine. Toute perception d’un alignement, même indirect, sur des logiques impériales peut fragiliser ce socle symbolique. Ainsi, la diplomatie actuelle évolue sur une ligne de crête : trop de rigidité idéologique exposerait à des sanctions et à l’isolement ; trop de pragmatisme risquerait d’éroder la légitimité interne.

 

La condamnation des frappes iraniennes sur le Golfe, combinée au silence sur l’agression israélo-étasunienne, ne traduit pas une simple incohérence, mais l’expression d’une contradiction fondamentale : celle d’un État postcolonial cherchant à préserver sa souveraineté dans un ordre mondial dominé, instable et agressif. Ce moment révèle une transition : de la diplomatie de principe héritée de la guerre de libération vers une diplomatie d’ajustement contrainte. Mais cette transition reste inachevée, traversée de tensions internes et exposée au jugement d’une opinion publique pour laquelle l’anti-impérialisme demeure un marqueur identitaire central.

 

En définitive, l’Algérie n’a pas renoncé à son héritage ; elle tente de le reconfigurer dans un contexte où les rapports de force limitent drastiquement les possibilités d’une politique extérieure pleinement autonome. Reste à savoir si cet équilibre instable peut se maintenir sans altérer durablement la nature même du projet politique issu de Novembre.

 

Cette oscillation apparente rappelle la discipline du « un pas en avant, deux pas en arrière » théorisée par Lénine : une retraite tactique nécessaire face à l’encerclement, mais qui porte en elle le germe d’une crise si elle ne débouche pas sur une reprise de l’offensive. À l’image de la Russie soviétique contrainte, dans les conditions objectives du rapport de forces issu de la guerre impérialiste, de signer le traité de Brest-Litovsk en 1918, ou encore de la stratégie du Vietnam consistant à manœuvrer avec souplesse au sein d’un environnement dominé par des puissances hégémoniques, stratégie matérialisée par la « diplomatie du bambou » (Ngoại giao cây tre), alliant fermeté des bases et flexibilité tactique, l’Algérie paraît aujourd’hui opérer un repli partiel sur le terrain géopolitique. Ce repli ne doit pas être interprété comme une capitulation, mais comme une manœuvre dialectique visant à préserver les fondements de sa souveraineté nationale face aux contradictions du système impérialiste mondial.

 

Pour un contre-pouvoir sain, patriote et anti-impérialiste 

Cependant, une telle concession tactique ne saurait acquérir de signification révolutionnaire, anti-impérialiste, que si elle s’inscrit dans une stratégie globale de consolidation du front intérieur. Cela implique l’édification d’une économie nationale productive, affranchie des dépendances structurelles, orientée vers la satisfaction des besoins matériels des masses laborieuses. Il s’agit également de placer au centre de l’action politique les intérêts socio-économiques immédiats et historiques des classes populaires, tout en stimulant l’émergence de contre-pouvoirs authentiquement démocratiques.

 

Dans cette perspective, la revitalisation de l’UGTA en tant qu’organisation syndicale indépendante, véritable instrument de défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs, revêt une importance stratégique. De même, le développement des organisations de jeunesse, de femmes et des structures issues de la société civile doit contribuer à l’approfondissement d’une démocratie populaire réelle, enracinée dans la participation consciente des masses et orientée vers la transformation révolutionnaire de la société.

Si le pragmatisme actuel n’est pas une pause pour mieux bondir, il risque de se transformer en une déviation opportuniste, éloignant définitivement l’État de sa vocation révolutionnaire novembriste, originelle.

 

Alger, le 31 mars 2026

 

Collectif « ÉCHOS DE LA VIE ICI-BAS » 

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Notes :

* La "diplomatie du bambou" est une stratégie de puissance moyenne qui vise à transformer les vulnérabilités géopolitiques du Vietnam en atouts. En alliant une détermination ferme sur les principes à une grande flexibilité tactique, le Vietnam cherche à garantir sa stabilité, son développement économique et son autonomie stratégique dans un monde multipolaire complexe

** L'économie CRB fait référence à l'indice Commodity Research Bureau, qui est l'un des indicateurs les plus anciens et les plus suivis pour mesurer la santé du marché mondial des matières premières. Lorsqu'on parle d'économie CRB mondiale, on désigne généralement l'évolution des prix et de la demande pour les ressources de base qui alimentent l'industrie et la consommation mondiale.

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